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16 août 2010

Le Chien-Jouet en mal d'amour.

Oui, encore un billet sur les chiens. En fait, c'est plus un article sur leurs "propriétaires" que sur nos amis canins. Mettons que j'ai été profondément choquée de certains comportements ou raisonnements que j'ai pu découvrir sur Internet. Dans quelques semaines, ce sera les soixante ans du papa de Jules. Soixante ans, retraite, campagne, marche quotidienne: Jules songea qu'un chien serait peut-être le parfait compagnon pour cette nouvelle étape de vie. Bon, bien-sûr, il fallait l'accord de l'intéressé avant d'entreprendre toutes les démarches mais, souffrant de puérilité chronique lorsqu'il s'agit de chiens, je me mis à prospecter un chien-pantoufle, dès fois que son adoption soit entérinée par qui de droit. Ce ne fut pas le cas. Déception, certes, mais ce n'est rien comparée à ma colère portant sur certaines annonces que j'ai pu trouver. J'en cite quelques-unes de mémoire:

"Vends chiot 3 mois, cause: j'habite dans un 4 1/2 au 2e étage et je n'ai pas la patience de m'en occuper, 100$"

"Vends chiot 4 mois, cause: vente de maison subite et déménagement dans un condo. 250$"

"URGENT! Vends chien 11 mois 250$, si personne d'ici trois jours, je vais l'euthanasier."

...

Trois cas de figure qui reflètent, à peu de choses près, le niveau d'absurdité de certaines personnes. Honnêtement, je n'aime pas juger les gens, surtout sans les connaître (comme mon billet sur l'arrogance le souligne), mais franchement, sur les centaines d'annonces de cet acabit sur Internet, c'est difficile de prendre du recul. Sérieusement, La dame A, avec son chien de 3 mois, elle vient d'allumer qu'elle habitait dans un 4 1/2 au 2e étage? Un chiot, ça s'adopte à deux mois! Elle vient de l'accueillir! Il ne doit même pas savoir encore comment il s'appelle qu'elle vient de remarquer que, non, décidément, ça bouge trop un chien! Mais chrisitie, elle croyait quoi? Qu'un chiot cute, ben ça se pose sur le canapé, et quand on en a envie, qu'on a le temps, qu'il fait beau et que les cerisiers sont en fleurs, ben on peut aller prendre une marche avec? 

Franchement, je trouve ça honteux! Pareil pour Madame B: "vente subite de maison"... Genre, elle s'est levée un matin et un type lui a donné un chèque pour qu'elle s'en aille? Ça fait plus de six mois que j'essaie de vendre la maison de mes parents: si c'était une affaire de 24heures de vendre une maison, ça se saurait! Et quand bien même ce serait dû à une histoire plus "triste", du fait de la perte d'un être cher ou d'ennuis financiers, le chien mérite t-il d'être tassé sur le bord du chemin comme un sac de patates? Il est vivant! Allo! Je sais bien qu'il ne faut pas tomber dans l'extrême inverse et devenir gaga de son compagnon. Un chien est un chien et une poussette ne sert absolument pas à promener un animal (quoiqu'en pensent certains propriétaires de mini-canidés). Mais ça ne veut pas dire que ce sont des objets ou des jouets. Ils ne sont pas juste "cuuuuuttteeeeeesss": un chien, ça grandit, ça a besoin de se promener au moins deux fois par jour, de jouer, de dormir, de manger (beaucoup), de chier (et faut ramasser en ville), etc... C'est pas un Tamagotchi! Tu ne peux pas enlever les piles quand tu en as marre de jouer avec et tu ne peux pas le déposer comme un morceau de viande sur une place de marché, voyons donc! (Objectivement, cependant, en l'absence de toute information complémentaire, la Madame B. est celle qui mérite le plus le bénéfice du doute quant à ses motivations.)

Cela m'amène à l'annonce de Monsieur C et sa menace de tuer son chien si un quidam ne lui file pas, là, dans les trois jours, 250$ pour le reprendre. Là, j'ai des nausées. Non seulement le père C n'assume pas son chien qu'il vient d'adopter il y a même pas un an mais en plus il EXIGE que quelqu'un le paye aussi cher qu'un chiot pour compenser les frais qu'il a eu jusqu'ici. Mais c'est que personne ne l'a obligé à l'adopter, le chien en question. Le culot de Monsieur Chose ne s'arrête pas là: il culpabilise les potentiels intéressés en mettant un délai dans son annonce. Si personne ne prend son animal avant cet ultimatum, ils seront tous un peu responsables de sa mort, finalement, d'après son raisonnement. Sérieux? Non je veux dire qu'il veuille se débarrasser de son chien, c'est une chose (que je condamne mais c'est son problème), mais qu'il fasse du chantage aux autres (payez-le sinon je le tue) et qu'il veuille de l'argent en échange, ça me dépasse. C'est parce que c'est pas un libre-service l'euthanasie, t'sais, Chose? Tu rentres pas chez le véto avec ton chien de même pas un an en lui disant: "ch'ui tanné, il est poilu. Tuez-le." Faut que tu payes, que tu remplisses un formulaire pis tout, là! (Ahahah! Jeu de mot: un formulaire pis tout... un formulaire pitou! ... Ok, je sors! ;) )Ça va te coûter une centaine de dollars. A ce compte-là, donne-le ton chien! Alors, certes, une théorie douteuse prétend que celui qui paye un animal aura plus respect pour lui que celui qui le récupère. Bon, entre nous, cette théorie est archi foireuse: quiconque respecte la vie, respectera l'animal, qu'il l'ait acheté ou qu'on lui ait donné. Pour les autres, c'est ni plus ni moins qu'acheter un jouet. Et un jouet, quand on n'y joue plus, ben on le jette. Payé ou pas.

Bref, c'était mon petit coup de gueule sur ces annonces qui pleuvent sur Internet et qui m'horrifient. Le pire, c'est que ces gens là écrivent en toute candeur des phrases comme "je n'ai pas la patience de m'en occuper" ou encore "je vais le tuer si personne ne l'achète". Genre, c'est normal. On s'en fout, ce ne sont pas des êtres humains au cerveau sur-développé et à l'intelligence notoire. Ils sont incapables d'émotions, les animaux, c'est bien connu, pas comme nous, les Hommes! 

...

C'est pas un sujet qui fait pleurer dans les chaumières. D'aucuns diront sûrement qu'entre ça et les enfants qui meurent de faim, y a pas photo: c'est superficiel. Peut-être. A mes yeux, cependant, c'est juste révélateur de notre respect de la vie. Lorsqu'on est capable d'acheter tout et n'importe quoi avec notre argent, on perd notre humilité et notre respect des autres, de la nature, des animaux. Tout nous est dû. On veut bien concevoir que d'autres existent et qu'il faut nous remettre en question mais après notre émission de télé, après notre pizza-bière et après notre vie confortable. Après.

10 mars 2010

L'orthographe volontairement maltraitée!

Alors, je le souligne tout de suite: je suis vieux-jeu. Ceci étant dit, je peux me lancer dans une longue diatribe sur l'orthographe et l'écriture aujourd'hui. J'appartiens à une génération, pas si vieille finalement, pour qui l'ordinateur n'a été, pendant les 18 premières années de sa vie, qu'un énorme engin prenant des disquettes et permettant de jouer à un Prince of Persia en 2D, avec des cheveux blonds et un rectangle pour corps (Même ainsi, d'ailleurs, je ne suis jamais parvenue à sauter par dessus  le tapis de piques! SIC...). Alors, c'est évident, je n'ai pas su utiliser MSN et Internet avant d'ouvrir un livre. C'est certainement pour cette raison que mes poils du bras droit se hérissent à chaque fois que je lis sur la toile des remarques, des commentaires écrits au son, et, surtout, que je retrouve ces mêmes "orthographes" dans les devoirs d'universitaires que je corrige. Je n'y peux rien: lorsque je lis une phrase du genre:

-"ba sa va trankil quoi tu part vraiment en touriste toi !!!! tu caire t'es parti bosser mais rien du tout en faite lol"

Ben, j'ai une poussée d'urticaire dans le dos. Parce que, honnêtement, "ba" ou "bah" ne prendrait pas plus de temps à écrire, ni même le "ça" au lieu du "sa" et peut-être cela éviterait-il que je trouve dans une copie d'étudiant au Bac (Licence française) une phrase du même type. Car oui, sur plus de cinquante copies qui passent entre mes mains, je peux compter sur les cinq premiers doigts ceux qui écrivent quatre mots de suite sans faute. Alors, je le reconnais: tout le monde n'aime pas particulièrement lire, d'autres n'ont pas forcément la facilité de l'écrit et de l'apprentissage en général. J'en conviens. Mais les langages SMS, MSN et tout le reste n'aident vraiment pas! Souvent, lorsque j'écris des phrases au complet et que je fais remarquer à mes interlocuteurs que le langage-son est vraiment peu élégant, j'ai droit à la réponse désormais populaire:

_"Oui mais c'est trop long d'écrire des phrases au complet."

Enfin, plutôt: "oui mé c tro lon decrir d phrase o complé!"

J'ai envie de répondre que cette réponse est complétement incohérente: cela prend vingt secondes de plus d'écrire avec la bonne orthographe et cela donne des réflexes pour toute une vie. Parfois, lorsque j'ai fini de corriger une bonne vingtaine de copies de suite, je ne me rappelle plus de l'orthographe de certains mots tant je l'ai vu écrit de manière étrange. Alors je n'ose même pas imaginer ce que cela donnerait si c'était moi qui l'écrivais souvent sur des plateformes Internet. Entendons-nous bien: je ne prétends pas ne jamais faire de fautes! J'en fais régulièrement et c'est même, parfois, mon yankee préféré qui doit me reprendre. Oui mais voilà: j'essaie de bien écrire et si je me trompe parfois, ce sont des erreurs d'inattention ou, plus simplement encore, des mots dont j'ignore l'orthographe. Lorsqu'on me reprend, j'apprends la bonne manière de l'écrire et j'essaie de ne plus me tromper. Mal écrire ou écrire au son volontairement parce que, soi-disant, cela va plus vite, c'est dénaturer la langue. A quoi servirait d'en avoir une belle si on la maltraite à la moindre occasion?
 
 En fait, ce ne sont pas les fautes qui me dérangent. Comme je l'ai souligné, il peut très bien arriver qu'on ne maîtrise pas bien la langue écrite pour X ou X raison. C'est correct. Non, ce qui me perturbe, c'est cette volonté d'écrire au son, parce que c'est plus "cool", plus "rapide" ou je ne sais trop...

Je sais. Je suis vieux-jeu. Mais j'avoue que je vais le rester, tout au moins pour ce domaine particulier.

21 novembre 2009

Survivre au fléau H1N1!

Bon. Ce n'est un secret pour personne: je ne suis pas du tout favorable à cette vague de peur qui entoure la pandémie de Grippe A. Cette vaccination à grande échelle me laisse dubitative quant aux raisons qui la sous-tendent et, personnellement, qu'elle soit de n'importe quelle lettre de l'alphabet, lorsque nous ne sommes pas des personnes à risques, cela reste une bête grippe. C'est un débat de société qui a fait la une des journaux durant des mois et j'avais assuré que je n'en rajouterais pas une couche dans ce blog. Donc, que suis-je en train de faire?

Samedi dernier, je me suis levée avec l'impression d'avoir traversé l'océan Pacifique en papillon et d'avoir fumé quatre paquets de cigarettes. Habituée à mon système immunitaire déficient par fainéantise, je soupçonne un vague rhume qui se serait perdu quelque part dans ma gorge et ne m'en soucie guère. Mon absence totale d'énergie, cependant, s'avère surprenante: mettre une lessive en route me demande au moins trois heures de repos pour m'en remettre, l'œil aussi vif que celui d'une huitre.

-"Une huitre? Elle a des yeux?"

Non, justement. Un cliquetis persistant m'empêche, toutefois, de sombrer dans une profonde léthargie: en me concentrant sur sa provenance, je m'aperçois alors que je grelotte de tous mes membres, aussi glacée que si j'avais décidé d'aller acheter du lait, en gougounes, un 12 janvier à Montréal. Il faut bien que le lavage de cerveau médiatique ait des conséquences sur tout un chacun: je liste tous mes symptômes et les trouve, ma foi, fort similaires à ceux d'une grippe. Ciel. Encore un coup de mon système "immunofonctionnaire", comme l'appelle mon frère!

J'appelle donc ma soeur (quitte à en avoir une qui travaille comme infirmière aux soins intensifs, autant en profiter! ^_^), qui confirme mes soupçons et me conseille, en ultime vérification, d'appeler le 8-1-1, Info Santé. Obéissante, je m'y attèle: le gouvernement a bien tout préparé car, dès l'accueil, la voix automatisée nous oriente, nous, les pestiférés, vers un département téléphonique, spécifique aux symptômes de LA grippe A H1N1. Là, une infirmière, appelons-la Geneviève pour la rendre moins impersonnelle, me répond fort aimablement et me demande en quoi elle peut m'aider. Normal: j'appelle un service de santé spécialisé dans l'information et l'assistance en cas de grippe A H1N1, je peux très bien être en quête de décorations de Noël ou de mes prédictions astrales. Aussi, répondis-je, fort sérieusement:

-"Je cherche le numéro de téléphone de l'académie de coiffure, sur Mont Royal."

Non, ce n'est évidement pas vrai. Cela dit, j'ai hésité, un court instant... ^_^

J'explique donc mon cas à Geneviève, qui s'empresse d'appliquer les directives prévues à cet effet: elle me pose, à peu près, 25 questions afin de s'assurer que nous parlons bien toutes les deux de grippe et non d'une foulure à la cheville. A priori, oui, nous sommes sur la même longueur d'ondes. Elle conclut par:

-"Restez chez vous durant sept jours, prenez du tylénol pour faire baisser la fièvre, et ne venez aux Urgences qu'en cas de problèmes respiratoires ou de trop forte fièvre".

De tous ces conseils, celui de la réclusion est le plus perturbant. Après tout, si je souffrais d'une bête Influenza, je pourrais à loisir gambader dans les rues, promenant fièrement mon virus à ma suite! Je m'enquiers donc des arguments qui permettent à Geneviève d'assurer avec autant d'aplomb que j'avais la grippe H1N1, étant donné que les symptômes sont en tout point similaires à ceux de l'Influenza. Après tout, de sa réponse dépendait mon enfermement dans ma tour d'ivoire ou ma liberté sur les trottoirs de Montréal, rongée par la fièvre.

-"Cela n'aurait pas été très sain non plus!"

Certes. Mais permis. Personne ne fait un foin pour l'Influenza depuis des années qu'elle fait, en moyenne, entre 1500 et 2000 morts par an, en France. Bref, à ma question, iI m'est répondu qu'étant donné qu'il n'y a aucun cas de grippe saisonnière recensé au Québec actuellement, celle-ci n'arrivant généralement que vers janvier, toute grippe attrapée en ce moment ne peut qu'être imputée au fameux fléau dont parlent tant les médias.

Bon... Soyons honnêtes: personne n'aime être malade. Avoir le dynamisme d'une porte-fenêtre et le cerveau d'une moule ne sont pas les caractéristiques d'un être épanoui et suintant de bonheur. Une grippe reste ce qu'elle est: une maladie infectieuse qui vide lentement chaque parcelle d'énergie de votre corps, aboutissant à des situations aussi ridicule que mettre une demi heure pour aller remplir un verre d'eau.

Pourtant, ce n'est pas le cancer, cela n'a rien de commun avec le sida et ce n'est, en aucun cas, une maladie grave pour le commun des mortels. Je ne nie pas les risques de pneumonie ou de troubles respiratoires liés à ce virus et je concède que, lorsque certaines personnes sont déjà fragilisées, elles ont tout à gagner à tenter d'éviter d'attraper ce mal. Mais de là à commander 50 millions de vaccins au Canada, où la population avoisine les 30 millions, ou 95 millions en France, pour 65 millions d'habitants, j'avoue que je ne suis plus. C'est un gouffre financier pour...une grippe. Peu de monde s'est battu pour aller vacciner les gens en Afrique ou dans d'autres contrées défavorisées: est-ce ainsi notre beau monde? On fait des campagnes de peur pour les populations riches, on les sur-vaccinent pour tout et rien et on enlève cet argent des autres recherches? J'ai des nausées mais ce n'est pas dû à la grippe A.

Honnêtement, en dépit de mon système immunitaire pourri qui prend plaisir à prendre ses vacances alors qu'il devrait travailler, je m'en sors très bien: je n'ai aucun antécédent grave et je suis solide. Je comprends que des personnes plus fragiles aient ressenti le besoin de se faire vacciner pour cette grippe qui, somme toute, est semblable à l'Influenza mais en dix fois plus contagieuse: les risques de l'attraper s'en trouvaient d'autant plus grands. Mais je trouve que les politiques de peur, les mesures prises à l'échelle nationale, l'argent investi et le gaspillage qui en découle sont l'expression d'un luxe scandaleux que seuls des pays nantis, corrompus par des sociétés et quelques personnes mercantiles qui se préparent un avenir doré sur le lit de la frayeur générale, peuvent se permettre. J'ai eu la grippe H1N1. Et puis après?

28 octobre 2009

Mesquinerie Frustrante!

Résidence Permanente, épisode deux.

Hier matin, armée de mes papiers manquants, je me suis rendue au bureau d'immigration pour compléter mon dossier. J'ai préféré m'y rendre en personne car mon amie, qui a déposé sa demande presque en même temps que moi, m'avait informée que les courriers pouvaient prendre jusqu'à trente jours pour parvenir au bon destinataire dans ces bureaux: en vélo, il m'a fallu quinze minutes! C'est à se demander si les étapes administratives visant à trier le courrier ne sont pas simplement là pour gripper les rouages de la machine. Au fond, il a quand même fallu presque cinq mois à la personne traitant mon dossier pour m'informer qu'il manquait trois malheureux papiers...

Bref, ayant appelé Mme P. plus tôt dans la semaine afin de m'assurer de sa présence, elle m'avait conseillée de l'appeler avec mon cellulaire, une fois rendue devant l'immeuble, afin qu'elle descende. Oui mais voilà: je n'ai pas sa ligne directe et je dois passer par l'accueil. Je compose donc le numéro, adossée au mur de l'entrée, contemplant avec un air incrédule les deux fonctionnaires, confortablement installées derrière leur comptoir, qui ne tentent pas même un geste pour décrocher. Elles devaient venir de se vernir les ongles, je suppose: il ne faudrait pas que la décoration s'écaille!

-"Cliché!"

J'avoue. Cela dit, elles n'ont rien fait pour me prouver que ces préjugés étaient foncièrement faux! Voyant que je ne tirerai rien de la voie téléphonique, je décidai de me rendre directement au comptoir pour demander à ce que Mme P. descende chercher les papiers. La dame m'écoute avec attention, hoche la tête lorsque je lui exprime mon désir qu'elle appelle Mme P, et se remet à tapoter sur son clavier en silence. Au bout de dix minutes, je m'interroge sur ma consistance corporelle: est-ce que ma requête n'était qu'une projection de mon esprit ou bien est-ce que mon interlocutrice préférait terminer sa partie de Solitaire avant de décrocher le téléphone? Je demeure d'une impassibilité admirable, appuyée sur le comptoir, suivant chacun de ses mouvements avec un regard vide. Enfin, l'employée se décide à appeler Mme P.: elle tombe sur le répondeur et, trouvant sans doute superflu de mentionner que quelqu'un attendait en bas, elle se contente de lui demander de la rappeler. Mon incrédulité face à la compétence de mon interlocutrice grandit un peu plus et je ne peux m'empêcher d'avoir un instant d'hésitation lorsqu'elle m'invite à patienter dans la salle d'attente. Pas que j'ai autre chose à faire que de compter les mouches au plafond, mais j'ai autre chose à faire! Je finis par obtempérer, cependant, consciente que, de toute façon, je n'existe déjà plus pour mon interlocutrice qui s'est relancée dans son tapotage de clavier.

M'asseyant près de l'entrée, je remarque alors la seconde personne présente dans la minuscule pièce, en grande conversation avec l'autre employée de cette magnifique institution. Je n'entends que des bribes de ce que le requérant désire alors que son interlocutrice est, semble t'il en train d'entrer en phase d'hystérie profonde! Le monsieur désire un CAQ ( Certificat d'Acceptation du Québec: papier nécessaire à tout visa de résident temporaire dans la belle province!) et il a préparé son dossier afin de l'obtenir immédiatement: pas de chance! Aucune demande n'est traitée avant un délai de trente jours, lui répond agressivement l'employée. Le monsieur insiste et provoque chez la fonctionnaire cette réaction qui n'a pas fini de me surprendre:

-"Vous ne l'aurez pas aujourd'hui, Monsieur! ça suffit maintenant: ça devient dangereux! Gardien!"

...

"Dangereux"... Au sens de: "Il y a un danger qui se profile à l'horizon" ? Non parce que, personnellement, je ne sens pas l'air lourd de menaces! Pour être franche, le principal risque que je pourrais concevoir serait ma possible surdité, imputable aux cris d'Ofraie que pousse la dite fonctionnaire supposément apeurée! La gardienne ( car oui, c'était une femme), armée de tout son courage, s'empresse d'appeler du renfort pour maîtriser ce candidat à la violence dont les gestes et les paroles sont aussi nerveux que s'il était sous Prosac. Le soutien arrive: un homme devant m'arriver à l'épaule se précipite dans la salle, tandis que le requérant, avec un sang froid impressionnant, ignore la panique générale pour continuer à plaider sa cause. Le petit homme, craignant peut être que le "coupable", d'un calme placide, décide soudain de forcer le passage et de s'enfuir dans l'immeuble, ferme la porte et fait un barrage de son corps impressionnant...

Au bout de quelques minutes, durant lesquelles le monsieur voulant le CAQ ne lâcha pas prise, l'employée craque et fait son travail: elle lui donne les instructions pour qu'il puisse soumettre sa demande à un agent et lui intime l'ordre d'écrire une lettre expliquant son cas. Dans un silence glacé, l'homme, heureux d'avoir une information, se rend au bout de la salle pour rédiger son courrier. Aucun des autres protagonistes ne le lâche des yeux, de peur, j'imagine, qu'il se serve du stylo sorti de sa poche comme d'un poignard ou d'un détonateur! Sait-on jamais: c'est un classique dans Rambo IV! La lettre écrite, le potentiel malfrat revient voir l'employée qui, sèchement, l'invite à aller rencontrer une personne X au quatrième étage. Bien sûr, le courageux gardien de un mètre vingt se précipite pour ne pas le laisser s'éloigner seul: les mauvaises personnes, il les sent, lui!

Personnellement, j'étais tellement estomaquée par la scène de folie pure à laquelle je venais d'assister que j'en avais oublié que j'attendais déjà depuis vingt minutes...J'allais me lever pour signaler ma présence à la championne de Solitaire, siégeant calmement à côté de l'employée hystérique, lorsque cette dernière se saisit du téléphone pour appeler le secrétariat du quatrième étage. Elle lui raconte brièvement le scénario du dernier film d'action à la mode., avec un air renfrogné.. Ah non, pardon! Elle lui narre ses mésaventures avec le monsieur désirant un CAQ: étrange version qui me rappelle un mauvais film d'horreur mais absolument pas la scène à laquelle je viens d'assister. Je souris devant une telle mesquinerie de la part de cette petite femme. Sa dernière remarque, cependant, transforme mon amusement cynique en horreur profonde:

-"En tout cas, dis lui qu'il n'y a aucun agent de disponible pour le recevoir!"

...

Puis-je m'exclamer "OUACH"! Sérieusement! Cette petite fonctionnaire frustrée, en plus d'être hystérique, s'applique à mettre des bâtons dans les roues d'une personne qui lui a fait confiance pour l'aider dans sa démarche d'immigration! C'est absolument infâme! A quel moment dans la vie de cette femme s'est elle transformée en harpie aigrie qui joue avec la vie des gens en fonction de ses humeurs? J'étais profondément choquée. Peu importe le pays, la situation, il y a toujours des petits fonctionnaires mesquins pour se penser meilleurs que les autres et pour, ainsi, abuser de leurs minuscules responsabilités!

Mme P. est enfin descendue. Je lui remets mes papiers dans un état second, incapable de détacher mon regard, empli de dégoût, de cette petite femme blonde qui fait mine de se concentrer sur ses papiers. Je ne peux m'empêcher de me demander comment elle parvient à justifier ce type de comportement lorsqu'elle se croise dans un miroir. Combien de personnes a t'elle ainsi court-circuité afin de satisfaire son maigre pouvoir personnel?

J'avais envie de l'invectiver, de lui lancer ma manière de penser au visage. Mais je n'ai rien dit, songeant que je m'attirerais sûrement plus de problème qu'autre chose. Bref, je n'ai pas eu assez de cran, une fois encore, pour mettre des mots sur les nausées qu'elle me donnait. Alors, je ne suis pas mieux qu'elle car assister sans rien dire à un tel abus de pouvoir n'est pas moins grave que de le commettre. Mon côté individualiste a primé et j'en ai honte, encore, ce matin...

17 octobre 2009

Cri du coeur!

C'est une tendance très à la mode: tout le monde s'y adonne, artistes ou particuliers, sur la scène publique ou lors de conversations privées. C'est un lieu commun mais pourtant si agréable que je ne résiste pas à la tentation d'en produire un à mon tour.

-"Tu as lancé un réseau de commérages sur Céline Dion?"

Non, mais ce sera ma prochaine action, n'en doutez pas! ^_^ Enfin, après avoir créé celui sur la Dynastie Sarkozy, bien sûr: pas de famille royale sans revue à potins! Bref, ce n'était pas vraiment de cela dont je parlais. L'objet de ces quelques lignes, qui n'en finissent d'ailleurs plus, je crois que je deviens pas mal bonne pour les digressions et les incises, est:

*Roulements de tambour*

Le paragraphe sur les motifs de notre frustration sociale au quotidien!!!!

-"Tout le monde fait ça?"

Oui, je trouve. C'est un peu la méthode préférée des humoristes pour rejoindre un large public et tout un chacun, au moins une fois, s'est arrêté dans une conversation pour rendre compte des petits riens de vie qui nous tapent sur les nerfs. Voici donc ma pierre à l'édifice:

A l'instar de tout le monde, j'adhère aux grands classiques tels que la maudite cenne brune dont tu ne sais jamais vraiment quoi faire avec et pour laquelle tu te sens super "cheap" d'attendre à la caisse. Ce qui me rend particulièrement nerveuse, cependant, comme j'ai pu l'illustrer à plusieurs reprises dans mes billets, demeure l'administration et ses employés. Pourquoi doit-on, notamment, remplir tous les ans les mêmes papiers d'inscriptions avec les mêmes informations pour s'inscrire dans la même école et pour le même diplôme? Il en est de même pour la sécurité sociale, les impôts, le chômage, et j'en passe! Toutes les administrations n'ont de cesse de redemander sans arrêt les mêmes renseignements sur notre vie alors que, sincèrement, la seule chose qui serait susceptible d'avoir changé serait la situation matrimoniale: à priori, je resterais née le même jour et je n'aurais pas non plus changé de sexe! C'est à se demander pourquoi on a inventé l'informatique... C'est un peu comme les commentaires de Joël Bouchard ou de Benoît Brunet lors des matchs de l'équipe de Hockey du Canadien de Montréal: on les retrouve à chaque match et on se demande à chaque fois quel est leur intérêt.

-"Wow! Quelle belle analogie...!"

Héhéhé! Je sais: ce doit avoir un lien avec le fait que je regarde un match en ce moment et qu'ils me donnent encore des boutons. C'est impressionnant comment des commentateurs sportifs ont le don de parler comme s'ils avaient la science infuse! A les entendre, tu les mettrais sur le terrain et ils gagneraient tous leurs matchs 40 à 0. Enfin, je me perds, une fois encore, dans les méandres de mes digressions! ^_^

Bref, au fond, ce petit cri du cœur avait surtout un but de soulagement. Parce que, même si nous y sommes confrontés à chaque jour, nous ne nous habituons jamais vraiment à ces incongruités administratives. Les réactions des employés provoquent toujours chez moi la même perplexité: à quel moment l'être humain parfaitement normal qui se tient en face de moi derrière le comptoir est devenu une personne obtuse, fermée et dénuée de la moindre compréhension sociale pour répondre à une étudiante, vivant à l'étranger, qui a déclaré un revenu de 5000 euros sur l'année aux impôts:

-"Oui mademoiselle: tout revenu perçu à l'étranger est taxé à 20 %. Vous nous devez 1031 euros.
- C'est 1/5 de la somme déclarée, madame, et je suis étudiante: je ne les ai évidemment pas.
- C'est la Loi, mademoiselle. 20 %. "

Aaaah... Nous vivons quand même dans une belle société...

16 septembre 2009

Résidence Permanente, qu'ils disaient...

Ah! Les aléas de l'immigration Canadienne! Je ne serai certainement pas la première à en raconter les joies! Pourtant, je vous assure, tout ce que nous pouvons en imaginer, à la lumière des centaines de récits, n'est rien à comparer de notre cas particulier, lorsque nous y sommes confrontés en personne! J'avoue, j'ai fait une erreur: j'ai cru que mes six ans de vie sur le territoire, mes connexions Canadiennes familiales, mon parcours universitaire sur place rendraient mon acceptation plus simple! Ô douce illusion de l'innocence! C'était sans compter les prouesses de la Bureaucratie pour trouver un cheveu sur le crâne d'un chauve! Voici une petite mise en situation:

Le 13 Avril dernier, après moult reports, je poste enfin mon dossier au BIQ ( qui n'a rien à voir avec un crayon ou un briquet, mal écrit, mais se targue d'être le Bureau d'Immigration du Québec), fort de ses six attestations de scolarité à plein temps, à dix dollars l'exemplaire, de ses relevés de notes, au même prix (Il est vrai qu'imprimer une misérable feuille vaut cette petite fortune, à n'en point douter...), les lettres d'employeurs que nous n'avons pas revus depuis notre tendre adolescence,... Bref, un ramassis de paperasse inutile, en attente d'être examinée afin de déterminer si mon humble personne aura l'insigne honneur d'être "sélectionnée" par le Québec et pourra donc commencer à faire ses démarches d'immigration. Le 14 Avril, je reçois le papier de la poste m'indiquant la bonne réception du dossier et le 22 du même mois, un vrai accusé de la part du bureau. Faut pas croire: Montréal peut s'avérer très grande lorsqu'il s'agit de renvoyer des papiers. Ou bien l'accusé est venu à pied depuis la rue Notre Dame et, forcément, en rampant, il a mis beaucoup plus de temps...Bon, je m'égare encore. Dans l'accusé officiel, il m'est spécifiée qui s'occupera de mon dossier, un numéro d'attribution et un site destiné, soi disant, à obtenir une idée du temps de traitement.

"Si vous avez envoyé votre dossier avant novembre 2008, vous devriez avoir reçu votre réponse."

...

Il y a eu une faille temporelle ou le responsable du site s'est fait amputer des doigts en novembre de l'année dernière?

Qu'à cela ne tienne! L'été accourait alors vers nous, avec sa rituelle période de moussons en juillet, et je conçois que, à l'instar de toute bonne administration, les performances de traitement soient mises à mal par les congés dans le sud! Je prends donc mon mal en patience et espère avoir mon CSQ, comme ce document est si joliment appelé, d'ici le mois de septembre.

Le 3 septembre, une lettre m'est envoyée.

"Il vous manque une lettre de l'établissement assurant que vous avez terminé tous vos cours académiques de Doctorat et les copies conformes des lettres de vos employeurs."

Hin hin hin... Six mois pour s'apercevoir que le dossier n'est pas complet? Une question germe dans mon esprit: combien de temps cela prendrait de demander à la personne qui ouvre l'enveloppe pour vous renvoyer l'accusé de réception de vérifier, sinon la validité, du moins la présence de tous les documents demandés??? Juste pour pas donner l'impression qu'on se moque ouvertement des candidats à l'immigration...

Bref, me voilà quelque peu ennuyée. J'ai effectivement terminé tous mes cours académiques mais il me manque deux notes. Je n'ai pas réellement le contrôle sur les activités de mon directeur donc à moins de le séquestrer pour qu'il me corrige, certaines choses échappent à mon contrôle. Je décide donc d'appeler Mme P., responsable de mon dossier.

9h : occupé.
9h30: répondeur.
10h00: répondeur.
10h15 : répondeur.
10h30 : répondeur.
11h00: répondeur.

11h02: demande à la secrétaire si la dite Madame P. existe ou si elle vient de se faire enlever par une horde d'extraterrestres en furie. Cette question se traduit généralement par la phrase classique:

-"Je tombe sans arrêt sur son répondeur. Elle travaille aujourd'hui?
- Oui oui. Vous lui avez laissé deux messages?
- deux? Je lui en ai laissé un mais sans résultat.
- Ah! Il vous faut attendre demain maintenant!"

Demain? En fait, elle est en plein décalage horaire et elle reporte tous ses messages au lendemain? Ne pouvant rien faire d'autre, je me fis une raison. Pourtant, une heure plus tard, mon téléphone sonne et j'ai la surprise de découvrir la voix de Mme P. : elle avait visiblement pris de l'avance sur son planning téléphonique ou bien elle était tannée de voir mon numéro de téléphone s'afficher tous les quart d'heures. Je lui explique mon problème:

-"Ah. Mais c'est la Loi, je ne peux rien faire. Si je n'ai pas les documents dans 60 jours, je transfère votre dossier à Paris et ils vous convoqueront à un entretien!"

Mais oui, bien sûr! Parce que, ça tombe bien, je ne sers à rien à Montréal! Alors pourquoi pas un petit aller-retour à 800 dollars dans la journée???

-"Si vous voulez, je peux aussi suspendre votre dossier jusqu'à douze mois! ça vous laisserait le temps.
- ... Et mon dossier passera à la fin de la file?
- Oui."

Hin hin hin. Elle est vraiment très amusante cette dame! C'est pas comme si, déjà, en temps normal, ça prenait un an à obtenir la résidence permanente! Tant qu'à faire, on pourrait bien rajouter une autre année! Après tout, j'ai encore un bon bout de vie à m'occuper!

En tous les cas, j'étais très très fâchée hier, un peu moins aujourd'hui et ça ira mieux demain! Toujours est-il que je me demande très franchement pourquoi l'administration est aussi stupidement bête et rigide...Peu importe le domaine, la question, il semble inscrit dans son fonctionnement interne qu'elle doit rappeler à l'être humain qu'il ne contrôle pas tout sur cette Terre! Plus forte encore que la Nature pour nous rappeler notre petitesse, la Bureaucratie trône et dispose...

Affaire à suivre!

13 avril 2009

Malédiction sur DHL!

Encore un double post. A vrai dire, j'extériorise pour ne pas étrangler mon petit chat innocent.

-"Ben là! Pauvre petite bête! Pourquoi ferais-tu une chose pareille?"

Parce qu'il est à côté de moi, au mauvais moment. Entrons un peu plus dans les détails:

Il y a un peu moins d'un an, je me suis octroyée un petit luxe en achetant une imprimante Kodak 5300. Elle était un peu plus chère que les autres mais, d'après la publicité, je devais rentrer dans mes frais avec le prix des cartouches.

C'est vrai.

Petit problème: depuis un mois, les têtes d'impression ont entamé une grève illimitée, voire une retraite complètement imméritée. Bon. C'est pas comme si j'avais vraiment besoin de mon imprimante, entre les impôts, le dossier de Résidence Permanente et les devoirs à rendre...

Mardi, je me décide à appeler Kodak: étant donné qu'ils ne répondent à aucun de mes mails, ils doivent avoir du personnel manchot qui n'a que ça à faire, répondre au téléphone.

-"Bonjour Madame! Comment puis-je vous aider?" Me demande Paolo.

J'explique mon problème à Paolo, qui s'empresse de me répondre:

-"Bien sûr, Madame! Nous allons régler votre probléme. Quel est votre numéro de téléphone?"

Euh... C'est parce que je n'ai pas demandé une démonstration Marketing: je voudrais réparer mon imprimante. Paolo ne se démonte pas: il me demande mon courriel, puisque je ne veux pas donner mon numéro de téléphone. Je sens une petite pointe d'énervement me gagner mais j'ai travaillé à plusieurs reprises pour des services à la clientèle: je sais à quel point me montrer désagréable avec mon interlocuteur est inutile. Après moult péripéties, dues au fait qu'il ne comprend rien à mon accent, il finit par m'assurer que mes têtes d'impression seront chez moi d'ici une semaine.

Soit. Parfait. Bonheur et gaité à perpétuité.

Jeudi: le livreur passe dix minutes après que j'aie quitté la maison. Tant pis. La loi de Murphy a encore frappé!

Ce matin, Monsieur DHL appelle à 7h55 sonnantes pour me signifier que si je ne suis pas chez moi aujourd'hui pour récupérer le paquet, c'est mort. Très bien: je vais donc prendre ma journée pour attendre le livreur.

14h30: de l'autre côté de la rue, je vois le camion de DHL. Je souris:

-"Yeah! Il est là!"

Le véhicule ralentit, le chauffeur incline un peu la tête, puis, soudain, accélère et disparaît en moins de dix secondes, au coin de la rue. Interdite, j'attends quelques minutes, songeant qu'il a du aller faire demi tour à quelque place mystérieuse. Dix, vingt, trente minutes. Toujours rien. Une heure plus tard, je me décide à appeler Monsieur DHL pour lui demander si tout cela signifie que je viens de gâcher ma journée à attendre un christie de taouin, incapable de descendre de son véhicule. Je tombe sur une demoiselle, qui venait, selon moi, de fumer l'équivalent du Mexique en herbe verte. Cette fort calme personne me demande le numéro d'envoi du colis, que le précédent livreur a écrit en hyéroglyphes. Je lui donne tant bien que mal.

-"Il existe pas, M'dame! Appelez Kodak pour avoir leur numéro d'envoi! On pourra appeler le chauffeur."

Hin hin hin! J'ai juste ça à faire justement, ta job! Devant son mutisme obstiné, je me résouds à appeler Kodak. Je tombe sur Miguel: tout le Mexique travaille pour cette boîte, ça a l'air! Je lui expose mon problème:

-" Oui, Madame! Quel est votre numéro de téléphone?"

Ciel! Un comique! Je tente de conserver un ton neutre lorsque je lui réponds, lapidaire, qu'il peut me trouver dans l'annuaire puisqu'il a mon nom et mon adresse. Il me laisse patienter, le temps de "répondre à ma question"... Au bout de trente minutes de musique d'ascenceur, j'ai déjà maudit Miguel et ses cinquante prochaines générations dans ma tête: je peux donc raccrocher. Je rappelle DHL et je tente de mieux argumenter mon cas.

Ô miracle, ma nouvelle interlocutrice trouve le numéro de mon paquet et conclut, satisfaite:

-"Oui Madame! Votre paquet est en livraison! "

Ah ouais? Non, parce que je pensais qu'il était parti en vacances à Cuba!

Je tente d'expliquer à Brenda que je voudrais qu'elle appelle le chauffeur pour savoir pourquoi il a snobbé mon immeuble, il y a deux heures.

_"Ah mais on peut pas! Désolée Madame! Il vous faut attendre! Et si il ne passe pas, vous devrez venir le chercher! "

Bon. En toute honnêteté, je suis généralement assez calme dans ce genre de conversation. Parce que j'ai déjà travaillé là dedans et tout et tout. Mais là, j'ai juste eu envie de devenir grossière comme jamais!

Bien entendu, le livreur n'est jamais repassé. J'ai donc passé toute ma journée à contempler le soleil depuis mon balcon, attendant un heureux dénouement à cette situation épineuse, pour rien. Et le site de DHL est à Dorval, parce que ce serait pas drôle de le mettre en ville!

Bilan: DHL, je vous exècre! Lorsqu'on se présente comme une agence de livraison, on s'assure que le personnel connaisse la définition du terme "livrer"!

1 avril 2009

Déception de masse.

Dernier match au Centre Bell cette saison pour mes amis et moi.

J'avais acheté des billets pour assister à la rencontre opposant les Canadiens de Montréal aux Black Hawks de Chicago. Parce que Cristobal Huet gardait désormais les buts de cette équipe américaine et que, somme toute, je l'aime bien ce garçon. Je ne le connais pas personnellement, bien sûr, mais il m'est sympathique avec son air ingénu et timide. Et puis je suis farouchement contre les comportements girouettes de 95% des fans de sport, capables de passer de l'adoration indécente au lynchage en règle en moins de temps qu'il n'en faut au soleil pour achever sa révolution. Carrey Price en a d'ailleurs fait les frais cette année: de Dieu en puissance,"Le nouveau Patrick Roy" (personnage qui demeure, au reste, brutal et arrogant, mais qui savait merveilleusement attraper la puck lorsqu'il le devait!) de l'an dernier est passé au stade de sombre passoire en début de saison, avant de retrouver, hier soir, son statut de jeune Hercule! Bref, parce que je me rappelais des nombreux services rendus par Huet alors qu'il gardait les buts du Canadien de 2005 à 2008 et parce que je le trouvais aimable, je voulais le voir jouer contre ses anciens coéquipiers afin de faire taire les mauvaises langues à son endroit.

La soirée a commencé avec une petite déception: mes amis et moi étions encore dans les couloirs lorsque la voix de stantor de Michel Lacroix résonna dans l'aréna du centre Bell:

-"Mesdames et Messieurs, vos Caaaaaaannnnnaaaaaaaadddddddiiiiieeeeeeeennnss!!!"

Tant pis. Nous sommes tout de même au Centre Bell: c'est quelque chose pareil!

Nous sommes assis juste derrière le filet des Black Hawks, gardés par Cristobàl Huet. Il patine nerveusement devant sa cage. Sa tension est palpable: c'est la première fois, depuis son échange à Chicago, qu'il affronte son ancienne équipe. Mieux encore: il a, en face de lui, son ancien élève, celui à qui il a tout appris, j'ai nommé Carrey Price. Il sait que tous les regards des supporters du Centre Bell vont s'attacher à la moindre de ses erreurs afin de justifier son échange, un an plus tôt, aux Capitals de Washington. La transaction a laissé un goût amer d'imparfait dans la bouche de plus d'un, et ce d'autant que Carrey Price, trop jeune pour supporter la pression, s'était écroulé durant les séries de la saison précédente. Je supporte le Canadien mais, ce soir, j'aimerais donner toute mon énergie à Huet car sa place est loin d'être enviable.

Très vite, elle est devenue intenable: du fait d'une erreur de ses défenseurs et du talent de Kovalev, Cristobàl est déjoué dès la 25e seconde du match. Tout est joué: peu importe qu'il ait bloqué 29 tirs, par la suite, qu'il ne soit pas responsable des trois autres buts, et que Price ait été moins sollicité. La foule est rassurée et peut s'adonner à cœur joie aux huées et aux quolibets. Des cris qui grondaient dans le Centre Bell comme le souffle d'un monstre assoiffé de ridicule et de moquerie: la méchanceté aux lèvres, l'ingratitude dans les visages et l'absence totale de raison animaient la masse, qui inondait celui qui l'avait sauvée, deux ans plus tôt, de son mépris.

Voir un match au Centre Bell est merveilleux. Vraiment. C'est à voir. Mais hier soir, j'ai eu mal. J'ai véritablement souffert d'assister à une telle bassesse d'un public réputé pour son enthousiasme et son attitude. J'ai été déçue.

Paradoxalement, les critiques sur RDS étaient moins cinglantes que celles de la foule à l'endroit de Huet. Pour une fois, les journalistes, pourtant si prompts au jugement hâtifs et versatiles, ont tenté un examen objectif du match. Pas la foule. ça donne à réfléchir, non?

24 mars 2009

STM: des transports destinés aux médiums.

Mardi matin: jour idéal pour me rappeler que je suis française. Je peux donc râler en toute quiétude puisque, de toute manière, il paraît que cette caractéristique venait avec la carte d'identité tricolore! L'objet de ma vindicte est, j'en conviens, sans grande importance, au regard de la détresse des ours polaires et de la déforestation en Amazonie, mais il s'avère malgré tout très désagréable. Voici une mise en situation:

Hier soir, jour de Kung Fu. Quelque peu patraque, et en retard dans mon planning de travail, je m'esquive à la fin de la première séance pour mener à bien mes objectifs professionnels! (Non, rien de moins! ^-^) Les tâches dues accomplies, je m'arrête quelques instants chez une amie pour débattre de la fission nucléraire et du taux de condensation à l'intérieur d'une stalactite...(Mmh? Pas crédible? Bon d'accord, nous avons mangé des Brownies en abordant le Rien Universel, si cher à mon coeur! ^-^)

Finalement, je restai une heure et demie et je dus m'éclipser rapidement pour ne pas rentrer trop tard, donnant une bonne raison à mon teint blâfard de devenir diaphane. Finaude comme je suis, je décidai d'aller prendre le bus sur Saint Laurent parce que, y a pas à dire, c'est quand même bien plus près de ma maison et je n'ai pas à traverser un marché abandonné en pleine nuit! Pas que j'ai fondamentalement peur d'une telle expédition mais si je peux éviter le vol de mouettes sauvages, qui s'accaparent les poubelles, ou encore de trébucher dans les palettes, perfidemment placées sur ma route, j'opte généralement pour cette solution.

Bref, me voici en quête de mon bus 55. Premier arrêt sur Saint Laurent: pas d'horaires. Qu'à cela ne tienne! Il ne fait point trop froid, j'écoute mon MP3: une petite marche jusqu'au prochain abribus ne peut que me conserver en bonne forme...

Nouvel arrêt, nouvel échec: toujours pas d'horaires. Il faut croire que les restrictions budgétaires impliquées par la crise ont touché l'impression d'affiches ou la glue nécessaire à leur application. Remarque, c'est un peu ma faute! Je n'avais qu'à apprendre à lire les horaires dans les entrailles de pigeon, comme tout le monde.

Tenace, je continue ma quête d'une station d'autobus à même de me signaler si je puis attendre le dit transport en commun ou si je suis mieux de faire du pouce. Un, deux, trois arrêts de plus, tous plus dénudés d'horaire les uns que les autres. Je commence à avoir des pensées négatives à l'encontre de la Société des Transports de Montréal et je me demande si brûler un ou deux de leurs entrepôts serait vraiment répréhensible.

Voilà plus d'une demi heure que j'arpente Saint Laurent et sa clientèle de pitounes à moitié nues par -5 (aaah! La cigarette...): au loin, j'aperçois le prochain arrêt. Soudain, un coup de vent à ma gauche, produit par le passage rapide ... du bus.

-"Hey Taouin! Attends! Tu pourrais au moins ralentir!!!" M'écriai-je, quelque peu remontée.

En fait, non. Je n'ai rien dit. Je suis restée une demi seconde, immobile à suivre des yeux les phares arrières du bus qui venait, sciemment, d'ignorer ma détresse.

55 minutes de marche au total. Une paille, me direz vous... Certes! Mais je vais de ce pas confectionner une poupée vaudou en forme de bus. Au cas où ça fonctionnerait...