21 janvier 2011

La mémoire du Monde sans mémoire.

Le monde a mal. Pas seulement la Terre, le monde dans son entier, avec ses populations et ses espoirs. Lorsqu'on étudie en Histoire, c'est un peu comme lire un roman : on pleure en découvrant les horreurs de la guerre ou de la famine, on rit en s'apercevant que les Rois de France étaient presque tous des nains, on est ému de partager, l'espace de quelques lignes, les idéaux de grands hommes comme Martin Luther King ou Ghandi. Ou les fondateurs de l'Europe. Je suis sans doute étrange mais j'étais toute chamboulée lorsque, encore au lycée, j'ai découvert cette poignée d'hommes, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, bien décidés à s'unir envers et contre tout pour que cette "der des der" là le soit pour de vrai. C'était un peu la fin heureuse d'une histoire chaotique. Ces quelques êtres humains qui, après avoir contemplé l'Horreur dont était capable leur propre espèce, se sont jurés de tout mettre en oeuvre pour que jamais pareil massacre ne se reproduise. Jamais.Jamais.

...
Jusqu'à aujourd'hui, peut-être. Une fois encore, notre espèce brille par ses trous de mémoire et sa bêtise. Aujourd'hui, comme dans les années 1930, l'extrême droite connaît de beaux jours, tant en Europe qu'ailleurs. La xénophobie se complaît dans le refrain anti-islamiste et trouve partout de quoi faire gras. Ceux qui s'y adonnent prétextent que ce n'est pas vraiment du racisme ou de l'anti-étranger, comme autrefois, mais bien une réaction à la violence permanente liée à l'immigration. À ces gens-là, il serait facile de leur répondre que ce n'est pas l'immigration, le problème, puisque nous en sommes tous issus, (que ce soit nos parents ou nos arrières-grands-parents, il n'existe plus de Gaulois et l'Amérique est, sans conteste, la terre d'immigration par excellence) mais bien l'intégration. La violence n'est jamais qu'une réaction à la misère: il n'y a qu'à prendre certains pays d'Amérique du Sud. Les quartiers mal famés ne sont pas des coins d'étrangers mais bien des endroits où on empile les pauvres en attendant le miracle qui les sortira peut-être de leur état de pauvreté. En France et n'importe où ailleurs, c'est pareil. Le problème, c'est que ce sont souvent les immigrants qui pâtissent les premiers des situations économiques difficiles, et la misère est un cercle vicieux dont il est malaisé de se défaire. Mais bref, si l'on pouvait raisonner avec les xénophobes, ils n'existeraient plus, j'imagine.

Ce que je trouve le plus malheureux, c'est la descente aux Enfers de l'Europe, entraînée par cette poussée nationaliste. Comme si la France seule se transformerait en Paradis Terrestre, sans chômage ni misère. C'est bien connu : un contre tous, c'est gagné d'avance... Les pires de tous ces êtres à la mémoire courte, ce sont sûrement ceux qui appartiennent à ce mouvement qui s'appelle Dies Irae. Ceux-là, ils s'organisent comme des sectes pour répandre leur fiel anti-étranger, anti-Etat, anti-tout à tous les niveaux de la société. Ils ont même leurs propres écoles, où les professeurs d'Histoire racontent, sans sourciller, que l'Holocauste n'a pas vraiment existé, que Pétain était un héros et que les Nazis auraient dû rester en France. Des professeurs d'Histoire. C'est à dire les gardiens de la mémoire des peuples, ceux qui doivent empêcher que les jeunes oublient que l'Intolérance est la mère de la destruction. Ça me file des nausées. L'autre jour, à la télévision, ils passaient un reportage sur cette organisation et j'avais envie de pleurer à chaque propos suintant la haine et la violence. C'était un peu comme regarder quelqu'un marcher vers un précipice en souriant, indifférent à nos cris, persuadé qu'il sait où il va. J'entends les cris de l'Europe qui se déchire, j'assiste à la fin d'un monde par les mêmes, exactement les mêmes, chemins qu'autrefois et je reste là, avec mes espoirs déçus et mes larmes. Je me rappelle qu'un jour, quelques hommes ont voulu empêcher ça et je me demande s'ils ont mal, eux aussi, là où ils sont.Mon Yankee préféré me disait l'autre jour que c'était justement dans ces moments-là qu'il avait l'impression de servir à quelque chose: parce qu'il était un de ces détenteurs de nos mémoires. Il a raison. Mais, parfois, j'ai l'impression que nous sommes comme des vieilles personnes, trop vieilles pour qu'on écoute "ce que nos vieilles mains racontent". Alors, on reste seuls avec notre mémoire dont plus personne ne veut.

Le monde a mal. Le monde a mal et moi aussi. 

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