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24 mars 2010

Le végétarisme responsable d'une carnivore?

Abordons un sujet qui semi-fâche. Ce n'est pas un pavé dans la mare mais cela demeure une thématique sensible de nos sociétés: le végétarisme. 

Jouons carte sur table: je suis végétarienne. Enfin, en grande partie et depuis peu. Je n'ai jamais été très férue de viande mais ce n'est que récemment que j'ai décidé de l'exclure complétement de mon quotidien alimentaire, par principe. Mes motivations sont simples: je ne me sens pas en harmonie avec les méthodes d'élevage et la provenance du morceau de steak préemballé dans les épiceries. Entendons-nous bien: je ne milite pas pour le végétarisme et je ne prétends pas être "LA gentille et lucide héroïne de l'histoire qui va changer le monde en arrêtant de manger le poulet qui n'a jamais vu la lumière du jour". Je ne fais qu'exprimer un point de vue: je ne suis pas d'accord avec certaines pratiques donc j'opte pour une solution à ma portée. Je ne suis végétarienne, cependant, qu'en "grande partie", car je suis parfaitement capable de manger un lapin de mon papa ou bien une poule de ma tante, sachant exactement d'où ils viennent, leur milieu social, leurs notes à l'école et la manière sèche et rapide dont ils sont morts. J'ai la chance de venir d'un milieu agricole et de pouvoir avoir ces informations, ainsi que des poulets rôtis de qualité. Finalement, ce n'est pas vraiment du végétarisme. Ce serait plutôt une espèce de sélection alimentaire en fonction de principes qui me sont personnels. 

L'être humain est carnivore, naturellement, et je ne songe pas à prôner la suprématie du tofu sur la dinde à la Thanksgiving! De toute façon, le tofu se fourre beaucoup moins bien qu'une dinde. (Il n'y a, bien entendu, aucun jeu de mot douteux dans cette dernière phrase! ^-^). Ce qui me dérange, c'est le côté déshumanisant ou, plutôt, déresponsabilisant de la vente industrielle de viande, quelle qu'elle soit. Dimanche, à Tout le monde en parle, une dame, Maria Labrecque-Duchesneau, est venue défendre les agriculteurs et leurs pratiques de travail. Loin de moi l'idée de fustiger les dits agriculteurs: si les poulets sont élevés en batterie, par centaines, sans voir le jour ou bouger durant leur vie entière, c'est qu'il y a une demande pour ces animaux. Avec les chaînes de magasins du type PFK ou le Coq Rôti, bien sûr, il faut des dizaines et des dizaines de poulets. S'ils pouvaient avoir quatre cuisses, d'ailleurs, ça arrangerait tout le monde. Donc, non, je ne blâme personne dans la production agricole. J'ai d'ailleurs grandi au milieu des fermes et ma tante était connue dans tout le village comme "celle qui murmurait à l'oreille des vaches"! Si, si! Elle était capable de rendre une bête agressive, car anciennement maltraitée (oui, il y a des imbéciles partout!), aussi douce qu'un animal de compagnie. Elle était un peu l'idole de tous ses neveux et de tous ses animaux. Il n'empêche que lorsque ses vaches étaient trop vieilles pour donner du lait, elles partaient à l'abattoir et mouraient, stressées, avec un clou dans la tête. Il faut bien gagner sa vie et entretenir un troupeau de vieilles vaches n'est pas la plus rentable des démarches. 

Bref, si je devais, à ma petite échelle, analyser l'origine du malaise qui pèse aujourd'hui sur la couche de bœuf haché (en fait, de vache hachée) de nos pâtés chinois et sur les boulettes de la sauce bolognaise, je me tournerais vers nos habitudes de consommation. Nous avons appris à avoir la vie facile, le tout-cuit dans notre assiette, sans véritablement nous questionner sur le pourquoi du comment. Je me rappellerai toujours d'une publicité sarcastique qui passait à la télévision lorsque j'étais petite: Rapid'asperge. Avec une sorte de gel vert, à étendre sur une plaque, on "obtenait" des asperges en 5 minutes. A l'époque, je trouvais ça dégoûtant. Aujourd'hui, je me laisse tellement emportée par mon quotidien qu'il m'arrive de mélanger une tasse d'eau, une tasse de lait, de vider un sac empli de poudre et de mini pâtes dans le liquide et de manger des Penne sauce Alfredo en 5minutes chrono. Fondamentalement, je mange du Rapid'asperge... Il en est de même, à mon sens, pour la viande: un St Hubert, un Coq rôti ou un PFK "de temps en temps", ça permet d'économiser de ce temps si précieux et, noyé sous les tonnes de sauce qui agrémentent le plat, le poulet a même un bon goût de barbecue. Oui mais voilà: des millions de personnes qui prennent ce "de temps en temps" en même temps, cela donne un besoin croissant en poulet à quatre cuisses. Encore une fois, je ne suis pas pour des discours pro-végétarien qui condamnent, accusent, tyrannisent les carnivores, les rendant responsables de l'extinction de tel ou tel animal ou de sa souffrance infinie. Je ne cherche pas non plus à défendre les répliques nonchalantes, parfois agressives, des mangeurs de viande qui ne voient aucun lien entre la tranche de jambon dans leur pain et les cochons qui défilent sur un tapis roulant pour se faire égorger ou "percuter" à la chaîne. 

Ce que je voudrais exprimer ici, c'est simplement une aspiration à la prise de conscience: le steak haché n'est pas "né" en fines lanières grasses emballées et les ailes de poulets gratuites de la Cage aux Sports, chaque fois que le Canadien marque 5buts, ne sont pas le seul fruit d'un mélange d'œufs et de panure. (Quoique le doute est permis dans ce dernier cas...^-^) Si tout un chacun, lorsqu'il achète son morceau de viande, a conscience de ce qu'il encourage par ce seul geste, c'est déjà bien. Cela devient un choix qui n'est pas moins respectable que le mien. Chacun a ses valeurs, ses principes et loin de moi l'idée de stigmatiser ceux qui ne partagent pas les miens. Prendre conscience de ce qui est derrière le poulet désossé devant nous, c'est déjà prendre ses responsabilités.

25 février 2010

Les risques du libre-arbitre!

Tel l'enfant prodigue, je reviens sur la toile pour un nouveau billet. Notez que je n'avais jamais quitté vraiment ce fabuleux monde virtuel où l'on peut communiquer avec tous nos proches sans quitter le confort de notre foyer mais je n'ai point poussé cette présence jusqu'à mettre à jour ce blog. Si je puis me décharger d'une parcelle de culpabilité, je dirais que Blogger a également sa part de responsabilité: les quelques essais d'écriture de billet se sont heurtés à un blocage de l'option "nouveau message". "Coup monté!" m'écriai-je, Blogger me censure!!! Il faut dire qu'avec le caractère profondément polémique de mon site, cela serait compréhensible!

-"..."

Un doute?^-^ Bref, m'apercevant de la mutinerie informatique, je pris le parti d'agir en attendant patiemment (l'attente peut être une forme d'action) que tout se règle par lui-même. Ce matin semble être le bon: Blogger m'est revenu! Notez que sa rébellion ne demeurera pas impunie: je lui ai d'ailleurs demandé de marcher sur les genoux en se flagellant avec des orties, ce à quoi il m'a été précisé que, à priori, Blogger n'avait pas de genoux, ni même de dos à offrir aux douces vertus des plantes. Facile.

Bref, cette petite mésaventure m'amène parfois à reconsidérer ma décision de créer mon propre site...en Html! Certes, Jules trouverait ça moche, comme il me l'a déjà si subtilement fait remarquer, mais au moins je pourrais dire que les innombrables maladresses informatiques qui ne manqueraient pas d'arriver sont dus à mon manque crasse de compétences en ce domaine! Il est tellement plus simple d'être responsables de nos erreurs plutôt que de chercher (ou de profiter, dans une certaine mesure, d') un coupable. Remarquez que le choix du mot "simple" est sans doute impropre: il serait sûrement plus facile, dans notre vie de tous les jours, d'imputer tous nos ratés, nos regrets et nos actes manqués à quelqu'un d'autre. Ce comportement nous évite de nous regarder en face et d'assumer nos choix jusqu'au bout. En fait, en lieu et place de "simple", je devrais utiliser "juste"ou "vrai". Mais les deux sont un peu liés. Je m'explique: chercher un coupable pour tous nos ratés demande, en dépit des apparences, beaucoup d'énergie. Inconsciemment, on se convainc de la justesse de notre raisonnement vis-à-vis de l'autre et cela nous permet de ne pas trop nous faire de reproches: on n'y est pour rien, c'est l'autre. Cela vous éveille des souvenirs? Oui c'est le comportement que nous avons tous eu dans notre enfance et qui nous agace lorsque notre propre progéniture, 6ans, tente de nous faire croire que c'est Chose, 10 mois, qui a commencé à le mordre, avec sa menaçante (mais unique) dent! On a l'impression que c'est une tendance horripilante d'enfant ne voulant pas être puni? Eh bien oui mais non! (Spéciale dédicace à mon Yankee préféré! ^-^ Le "Yes but no" est tellement 2009! ;) )Nous continuons à en user dans notre vie adulte afin de ne pas assumer certains de nos choix ou nos ratés en général. A mon sens, il est beaucoup plus simple (et je choisis mes mots, cette fois!) de regarder nos erreurs et d'en tirer des conséquences. En fait, à moins d'être un programme informatique (et même là, tout dépend des variantes installées), aucun choix n'est neutre. Il dépend de beaucoup de paramètres, donnant la part belle aux individus qui nous entourent, mais il demeure qu'au final, dans nos sociétés en tout cas, le choix reste le nôtre. Moralité: assumer reste la voie la plus simple, évite conflits inutiles et réflexions fragiles, et si elle soulève parfois de douloureuses remises en question, il n'en demeure pas moins qu'il est plus simple d'en tirer les conséquences que de chercher un coupable.

-"Tout ça pour souligner ton incompétence crasse en informatique et tes possibles futures boulettes si tu te laissais aller à créer ton propre site?"

J'avoue, j'ai un peu élargi le sujet! ^-^ Ceci dit, mon raisonnement, qui n'engage que moi comme toujours, s'applique à toutes les sphères de vie! De la création autonome d'un site Internet, afin de ne pas fustiger les plate-formes toutes faites, à la vie étudiante qui ne finit plus... ^-^ 

31 décembre 2009

L'intégrité personnelle selon Facebook!

Eh bien! Voilà bien longtemps que je n'ai point écrit! Le temps des fêtes n'est jamais la meilleure période pour se tenir à jour de nos activités: nous sommes trop occupés à manger ou à festoyer dans un coin de pays! J'avoue que j'ai reçu suffisamment de chocolats pour avoir douze crises de foie en l'espace de deux mois. Il suffit d'être raisonnable, me direz-vous, ce n'est pas comme si le sucre représentait la totalité de mon alimentation depuis une coupe de mois... ^_^'

A vrai dire, j'ai commencé à écrire des billets à quelques reprises durant cette longue période de silence. A chaque fois, cependant, j'étais interrompue et je devais le laisser inachevé. Quant à les reprendre plus tard, eh bien, ce n'était plus pareil: je n'étais plus dans l'ambiance, je n'avais plus l'inspiration. Je les ai donc abandonnés. De fait, le temps a passé et nous voilà, ce soir, sur le point de faire le bilan d'une année bien remplie. C'est un peu le passage obligé de toutes les fins d'année: même Facebook a tenté de s'inscrire dans la tendance générale en créant une application qui compile tous nos statuts de l'année écoulée. Enfin, c'est ce qu'il paraît à la lecture de la description mais il devient très vite évident que la dite application ne sélectionne qu'une dizaine de statuts au hasard...Notez que cette stratégie évite d'obtenir un livret de phrases, hors contexte et souvent inintéressantes, pour chaque utilisateur: l'air de rien, les statuts se modifient rapidement sur Facebook! Certains, d'ailleurs, me perturbent beaucoup: il y aurait une véritable étude sociologique à mener sur les états présentés sur ce site: les nouvelles mères de famille, par exemple, trop concernées par leur vie transformée, s'acharnent à décrire chaque hoquet de leur progéniture toute neuve. Si nous sommes généralement heureux de savoir que telle ou telle connaissance a assuré sa lignée, il devient très vite lassant de lire chacune des péripéties de l'enfant en lieu et place du statut de la mère. Comme me le faisait remarquer un de mes amis, cela nous fait toujours l'effet que celle-ci s'est complétement effacée pour regarder son petit respirer. Certes, c'est un choix de vie mais j'avoue que je suis toujours perturbée par cette tendance.

Parmi les états étranges, ceux trop intimes me dérangent également. Soyons clair: je suis une utilisatrice chevronnée de Facebook. Il est toujours, ou presque, ouvert en parallèle de mon travail ou de mon activité et le site constitue, à mes yeux, une merveilleuse plateforme de communication. Je n'ai pas, cependant, 176 amis proches: beaucoup sont des connaissances que j'apprécie de suivre mais à qui je ne raconterai pas forcément le quart de la moitié de ma vie. Alors, lorsqu'une de ces personnes étale sa vie personnelle et intime dans ses états, j'avoue que je demeure dubitative. Je me rappelle de l'une d'elles, notamment, qui subit une intervention chirurgicale, relativement importante, en début d'année. Alors même qu'elle était à l'hôpital, elle avait demandé à une de ses amies de se connecter en son nom pour changer ses statuts: "Truc est à l'hosto. Appelez-la pour lui dire que vous l'aimez" ou autres notifications d'état du même genre pleuvaient sur les murs de ses 200 et quelques "amis-Facebook"... Ce n'est qu'un avis personnel mais je n'ai pas vraiment l'impression que Facebook soit véritablement le bon médium pour aborder des points importants de notre existence. Pour une trentaine de personnes qui seront sincèrement concernées par des sujets aussi sérieux, il y en aura une lourde majorité qui ne saura pas quoi faire avec les informations données. A vrai dire, il faudrait sûrement user de Facebook avec beaucoup de recul et de prudence: bien-sûr pour les raisons de confidentialité que tout le monde connaît, avec notamment l'histoire de Nathalie Blanchard et de ses primes d'assurances coupées pour cause de photos compromettantes, mais également pour son intégrité personnelle. Lorsque nous marquons que nous n'allons pas bien, par exemple, c'est souvent pour avoir du soutien de ceux qui nous sont proches: en l'indiquant sur une place aussi publique que Facebook, nous prenons le risque de devoir partager notre détresse avec de simples connaissances.Or, lorsque l'affect est touché, il est rare que nous souhaitions exposer notre vie au grand jour, au premier passant de notre existence.

En définitive, nous assistons à une véritable réévaluation des jardins secrets: par le biais du net, il devient plus simple de partager absolument tout et n'importe quoi avec tout et n'importe qui. Nous ne voyons jamais, ou presque, nos lecteurs: il est toujours plus simple de s'exprimer par écrit, loin du regard des autres. Le blog est aussi une forme d'espace public. Après tout, tout le monde peut y accéder et j'écris souvent des réflexions de vie et des états d'âme très personnels. Pourtant, j'ai l'impression que ce domaine m'appartient plus que les potentiels statuts de Facebook: quiconque viendrait lire un billet sur mon blog s'attend à lire quelque chose que j'ai écrit, personnel ou pas. Il entre dans ma bulle autorisée sciemment. Pour faire une analogie pour le moins étrange, j'associerais le blog à un cinéma et Facebook à la place publique: les spectateurs choisissent leur film mais pas forcément les spectacles de rue. Bref, ce ne sont que des sentiments personnels et ils ne reposent pas vraiment sur une argumentation solide. Au fond, Facebook, Twitter, les blog: ce ne sont que des relations sociales sans contact du XXIe siècle. Nous ne sommes jamais plus libres que derrière un écran d'ordinateur...

28 novembre 2009

Google Street visite le patrimoine mondial de l'Unesco!

Le voyage et la découverte: il est désormais notoire que ce sont, à mon sens, de merveilleuses opportunités que notre condition humaine nous permet de réaliser sur cette planète malade. Paradoxalement, cependant, relativement peu de monde en profite. Le syndrome de la procrastination est rapportée au voyage:

-"J'aurai le temps plus tard!"

Ou, comme me répondait récemment un de mes amis:

-"J'irai après avoir remboursé ma dette d'études."

Bref, nous attendons un signe mystérieux, nous repoussons l'échéance et, très rapidement, sans même nous en rendre compte, nous tombons dans l'engrenage de notre société, toujours trop pressée. Parfois, le besoin de sortir de notre vie devient trop pressant, alors nous nous payons un "tout-inclus" à Cancun ou Cuba et nous passons une semaine en bikini dans un centre, en tout point pareil à notre confort habituel, dont le seul côté exotique est l'accent des serveurs. En clair, nous nous illusionnons en nous donnant l'impression de voyager, de quitter notre vie pour découvrir une autre réalité, alors que nous ne faisons que reproduire notre vie à l'étranger.

Les société riches deviennent de plus en plus avares de renouveau: elles se refusent à sacrifier leur confort, si chèrement gagné,sur l'autel du voyage et de la découverte de ce qui est différent. J'ai eu l'occasion, grâce à mon père, de participer un jour à ce type de voyage-postiche: je suis partie en croisière sur le Nil avec ma maman. Bon, soyons honnêtes: il serait particulièrement arrogant de ma part de cracher dans le soupe de ce magnifique voyage. L'Égypte est un temple de magnificence et tous les trésors archéologiques dont elle regorge ne sont qu'une partie de sa beauté. Il est des merveilles qui ne peuvent se rendre par la seule voix du langage ou des photographies. La rencontre avec, par exemple, les statues, au temple d'Abu Simbel, de Ramsès II et de sa femme m'a bouleversée.

Bref, il est indéniable que ce voyage, quoiqu'organisé jusqu'aux soirées de jeu faussement conviviales, demeure un excellent souvenir et une chance inouïe de pénétrer ce monde merveilleux, vestige d'une civilisation perdue. Pourtant, les personnes qui étaient présentes lors de ce séjour m'ont renforcée dans mon opinion négative quant à l'intérêt de ces séjours avec Gentils Organisateurs. Méprisants, arrogants, irrespectueux, certains de mes compagnons de voyage se comportaient plus mal que les colons qui avaient envahi l'Afrique quelques siècles plus tôt. J'ai eu honte plus souvent qu'à mon tour d'appartenir à cette société  dont les membres, imperturbables, étaient capables de déambuler au milieu de la Vallée des Rois en jetant leurs mégots sur le sol. Vous me direz: il n'est pas besoin d'aller aussi loin, ou de prendre un voyage organisé, pour rencontrer ce type de touriste détestable, inconscient des trésors qui l'entourent. Certes, j'en conviens. Pourtant, j'ai le sentiment que, si elle se retrouve aussi à l'état sauvage, cette catégorie d'humains arrogants a un instinct grégaire très prononcé et il est plus fréquent de la reconnaître au sein de sa meute. Entre Lichen, il est plus facile de s'entendre pour gangréner la planète entière.   

Pourquoi parlais-je de ça, subitement? Eh bien, ce matin, en buvant mon thé, j'ai lu un article, sur Futura Sciences, disponible ici,  qui m'a laissée songeuse. Le fameux logiciel Google Street a annoncé qu'il serait désormais possible de visiter les principaux sites désignés Patrimoine mondial de l'Unesco par le biais de leur site. A mon sens, aussi merveilleuse que soit cette application, cela ne peut remplacer la découverte réelle du lieu: il manque l'émotion liée à la contemplation des vestiges, naturels ou humains, de civilisations, parfois perdues. Rien ne peut remplacer ce sentiment d'être une si petite chose au regard de si grandes réalisations. Ma crainte, cependant, réside dans l'utilisation ou les liens qui peuvent être tissés à partir de cette donnée. De plus en plus, nos sociétés favorisent le virtuel au réel: par le biais des jeux vidéos, notamment avec la fameuse wii, qui offre la possibilité à ses utilisateurs de simuler une activité sportive ou intellectuelle. Entendons-nous bien: j'aime les jeux vidéos et j'apprécie beaucoup jouer à la wii. Mais cela reste ce qu'elle est: une console de jeu vidéo. Je peux jouer deux heures au tennis sur cette plateforme, ce ne sera jamais aussi relaxant et bénéfique que mes cours de Kung Fu. Ce n'est qu'une illusion que nous construisons pour nous mêmes, pour continuer à tisser cette toile de réalité virtuelle qui prend, peu à peu, le pas sur notre réalité. Nous pouvons être ce que nous voulons sur Internet, il nous est possible de tout réaliser, désormais, sans quitter le confort de notre salon. Ce n'est plus de la fainéantise: c'est du renferment sur soi. A quoi bon s'ouvrir aux autres, si nous pouvons nous auto-suffire?

J'avoue: j'évoque la position la plus dramatique de notre société. Beaucoup savent faire la différence entre le virtuel et le réel. Pourtant, l'annonce de Google Street me laisse dubitative: ne serait-ce pas une nouvelle occasion de bouger encore moins que ce que nous faisons déjà? Nous pouvons désormais faire le tour du monde, assis dans notre canapé, avec une bière et une tartine de pâté. Quel progrès...

20 novembre 2009

Rage sourde à travers les âges!

"Il faut désormais que mon coeur, s'il n'aime avec transport, haïsse avec fureur."

Déclarait Pyrrhus à Andromaque.

La phrase est joliment tournée et il n'est pas un cœur de pierre qui ne fondrait à son énoncé. Pourtant, aujourd'hui, nous préférons exprimer notre colère et notre frustration par des mots de haine et des injures sans passion.

Mercredi dernier, j'assistai à une bien étrange scène, dans un métro rempli des derniers noctambules, au teint livide des fins de soirées. Un couple d'amoureux, comme il en court les rues dans cette société qui l'impose comme norme sociale, se tenait à dix mètres de moi, le cœur enflammé par quelque malheureux émoi. Les mots étaient durs et la rage, palpable. Derrière la violence de l'échange, transparaissaient, recouvertes du suaire d'un Amour défunt, détresse et tristesse mélangées. Aujourd'hui, la beauté des vers de Racine est remplacée par la grisaille du vocabulaire sans attrait. Pour exprimer un sentiment fêlé, une blessure douloureuse, d'où s'écoule tout le sang de leur coeur, les protagonistes du métro ont choisi la voix de l'humiliation et de l'injure. Devant un public fade, qui regardait, l'œil vague, cet amour se déchirer et se consumer, ils se traitaient des noms les plus outrageux, se laissant aller à des cris d'hystérie. Ils transformaient la tristesse d'un Amour sans lendemain en ridicule à la frontière du risible.

Personnellement, j'en conviens, je ne suis pas une adepte du conflit. Cela me prend tout mon courage pour aborder les sujets qui fâchent et j'ai certainement dû passer toutes les autres solutions en revue avant de me lancer dans des discussions au futur chaotique. La fuite m'est devenue habituelle et mon orgueil s'efforce de panser mes blessures: je ne montrerais pas ouvertement que je suis triste, autant que possible, mais je n'irais pas non plus chercher des explications à une attitude humiliante, méprisante ou simplement incompréhensible. Je vais souvent attendre que tout devienne plus calme dans mon esprit pour oser aborder de nouveau la personne qui m'a, le plus souvent inconsciemment, blessée. De là, mon aspect si "androïde" dans l'expression de mes sentiments. J'use du recul à l'extrême, analysant tout ce qui m'arrive pour ne pas tomber dans l'émotionnel pur. Il va sans dire que ce n'est pas la meilleure méthode: à mon sens, d'ailleurs, il n'existe pas de bon moyen pour interagir les uns avec les autres. Nous suivons juste nos sentis.

Un de mes amis soulignait justement que le recours à la violence dans les paroles du couple devait certainement permettre un certain soulagement aux protagonistes de la scène. Je me permets de demeurer dubitative. Pour m'être laissée aller quelques fois à ce genre d'explosion, je puis affirmer que je ne m'en suis jamais sentie apaisée. Au contraire: je me sentais, l'instant d'après, aussi vile et sale que la personne que je venais d'incendier. L'humiliation, en l'occurrence publique, et l'injure sont des armes qui blessent profondément, ne causant, à mon sens, que des plaies dont il est impossible de guérir complétement. D'où la fameuse expression "les mots ont dépassé ma pensée", si couramment utilisée pour s'excuser d'avoir ainsi malmené notre interlocuteur. Parce que nous avons perdu le contrôle de nous mêmes, nous avons abîmé une relation et nous avons généré chez l'autre des lésions parfois trop graves pour être soignées.

Sommes-nous si parfaits que nous puissions, ainsi, tout gâcher, mépriser, humilier l'autre à ses moindres faux pas? C'est un comportement qui me gêne profondément et j'aurais toujours tendance à préférer les vers de Racine à la haine sourde et sans lendemain. Certes, certains jugeront que ces dialogues enflammés font le piment de la relation, d'autres encore estimeront qu'ils ne sont que l'expression de notre humanité: nous ne pouvons pas tout contrôler en ce monde. Ces arguments sont indéniables. Pourtant, autant que possible, je me dis que nous qui sommes si fiers d'avoir une intelligence supérieure à tous les autres animaux, nous pourrions en profiter pour taire ce type d'instinct bestial qui préside à toute joute verbale.

Bien sûr, c'est toujours plus facile à dire qu'à faire...

11 novembre 2009

Dissociation de sentiments.

-"Je me suis brûlée.
- hein? Où ça?
- Sous l'aisselle, en jouant au volley ball.
- ...
- Je t'assure que c'est logique: j'ai voulu sauter pour pousser la balle de l'autre côté et, en retombant, ben je me suis brûlée sous l'aisselle avec le filet.
- ...
-Quoi?
- Tu as conscience que ça n'arrive jamais, ce genre d'anecdotes? Je veux dire: dans la vie normale de gens normaux.
- Ben... Je l'ai pas fait exprès. Je suis maladroite.
- Et tu as l'art de l'euphémisme."

J'avoue. Un de mes amis soulignait l'autre jour que je n'étais pas vraiment maladroite mais que je manquais simplement de confiance en moi, ce qui m'incitait à paraître malhabile avec mon corps.

Bon. Honnêtement, je le remercie d'avoir tenté de me remonter le moral en mettant en évidence que ce que je prenais pour quelques flocons de neige étaient en fait les émissaires visibles d'une avalanche dévastatrice. Pas qu'on vit mieux en étant simplement maladroite, mais c'est tout de même plus amusant pour notre entourage que d'avoir à faire avec une énième complexée de l'existence, surtout quand celle-ci s'avère être une survivante d'un accident psychologique d'envergure et tellement propre aux sociétés riches de l'occident. Bref, qu'à cela ne tienne, si l'intervention de mon ami m'a prise au dépourvu (je n'ai, pour le coup, absolument rien trouvé à répondre), je peux comprendre ce qui l'a incité à tirer cette conclusion de mon comportement. Les raisons sont certainement semblables à celles qui ont poussé mon yankee préféré à me faire, un jour, cette remarque:

-"C'est fou, le contrôle que tu as sur tes émotions! On dirait que tu ne ressens rien."

C'est mon petit côté androïde. Notez que c'est le fruit d'un long travail et il n'est absolument pas recommandé de tenter ces pratiques en dehors de toute consultation psychiatrique. Mes relations houleuses avec mon corps et ma caractéristique humaine ont provoqué, chez moi, une réaction un peu étrange, d'un point de vue extérieur, qui consiste en une dissociation de l'esprit.

-"Euh... Tu es bi-polaire?"

Je pourrais. Après tout, c'est une maladie très à la mode et je suis bonne pour tomber dans les travers psychiatriques du commun des mortels. En clair, il y a "moi" qui est celle que la plupart du monde connaît, avec un important bagage de blagues posh (une véritable aubaine pour votre mariage, d'ailleurs...), relativement cynique sur ce qui l'entoure et sur elle-même, et très prompte à l'auto-dérision. Une espèce de vieille habitude: comme d'autres se font craquer les articulations lorsqu'ils ne savent pas quoi faire de leurs mains, je m'auto-vanne quand je ne sais pas trop comment me situer. Et puis, vous le noterez à l'occasion, l'auto-dérision passe toujours mieux que la simple dérision. Pour ma part, en tout cas, je préfère me moquer de moi-même avant d'attaquer les autres. Je suis certaine de ne pas blesser ou de paraître juger quelqu'un que je ne connais pas aussi bien que je le crois. Cette tendance a deux conséquences: la plupart des gens ont l'impression que je suis un être "drôle et sympathique", et certains estiment que c'est une couverture éculée pour souligner un manque criant de confiance en moi. Pour ma part, il s'agit plutôt d'une manifestation inconsciente d'une volonté de me faire accepter: un être maladroit et hésitant, ironiquement, est plus souvent apprécié et accepté par les autres qu'une personne arrogante et trop confiante.

Derrière ce "moi" apparent, il y a l'"Autre". Celle dont je ne parle que très peu et en fort mauvais termes. Celle à qui j'impute toutes mes erreurs et mes défauts, la sorcière de ma période sombre, l'allégorie de l'égocentrisme, le côté obscur de la force, bref une mini Dart Vador que je m'efforce de cacher derrière des sourires. Tout un chacun dispose de ce côté moins reluisant dont on n'est rarement fier. Mon expérience avec mon Autre, cela dit, a été tellement intense, mon côté "moi" l'abhorrant avec force durant toute la période où elle dominait, que j'ai réalisé une véritable dissociation des deux. Résultat: tout conflit, toute détresse, toute peur, et, à l'inverse, toute liesse, bref, toute émotion extrême, est bannie de mon côté "moi" pour être contemplée avec un recul froid. De là, mon incapacité à manifester une joie sincère et irréfléchie lorsque je suis heureuse et à me rendre compte que j'ai besoin de pleurer lorsque je ne vais pas bien. De là, finalement, ma tendance à paraître "androïde". Cela aboutit généralement à un débordement, comme j'en mentionnais l'existence dans mon billet sur la désillusion des larmes.

Bref, la mention du "juste milieu" aurait, une fois encore, sa place dans ce billet. A défaut de parvenir à le définir, je préfère encore tomber dans l'extrême du "moi", si étrange et si peu intelligible pour mon entourage. Il me permet de rester proche des gens que j'apprécie, paradoxalement, en levant le nez de mon nombril et en ne me laissant pas tout gâcher pour des niaiseries qui vexeraient mon égo, lequel, somme toute, est plus souvent un fardeau qu'un atout. Enfin, c'est mon point de vue et il vaut ce qu'il vaut. Alors, je m'en doute, tant que je demeurerai ainsi, je devrais toujours lutter contre cette image de petite chose fragile que je renvoie et qui, très souvent, fait peur.

Je me demande, parfois, dans quelle mesure nous sommes vraiment ce que nous pensons être?

9 novembre 2009

Choix d'une vie rêvée.

-"Hey, ça fait longtemps! Que deviens-tu?
- ... J'essaie de finir mon doc.
- Encore? C'est vrai que c'est long. Pis ton voyage en Asie, comment c'était?"

Un bruissement de nerfs qui se froissent? Ah oui, ce sont les miens. J'imagine que mon interlocutrice ne cherche pas à me poignarder dans le dos sciemment, donc je réponds, le plus aimablement que ma frustration le permet:

-"Eh bien, suite à diverses modifications de plans, ce voyage a été annulé.
- Oh, c'est dommage. Bah, tu pourras le faire après ta thèse."

Tiens, quelle détestable remarque! Je pense que j'ai dû l'entendre, en moyenne, une dizaine de fois par semaine depuis le commencement de la dite thèse, et, après trois ans révolus, elle a un arrière goût légèrement âcre.

L'avantage de ne pas avoir régulièrement des nouvelles de quelqu'un est, sans aucun doute, que nous découvrons des milliers de choses lors des retrouvailles. L'aspect négatif réside dans le fait que, à défaut d'avoir pu réaliser le quart des projets évoqués lors de notre dernière rencontre, chaque entretien se métamorphose très vite en un lent cloutage au pilori. En fait, j'avais surtout l'impression que mon interlocutrice prenait un malin plaisir à me faire remarquer à quel point ma vie n'avait mené à rien de concret ou d'intéressant depuis les trois dernières années.

-"De toute façon, il te faudrait de l'argent pour voyager. Depuis le temps que tu étudies, tu ne dois plus en avoir beaucoup. Par exemple, lors des quelques années que j'ai passées en Amérique Latine, j'ai pris un an pour en faire le tour mais ça m'a coûté toutes mes économies. Toi, il te faudra sûrement travailler avant. Tu cherches dans quoi, au fait?
-... Chômage."

Finalement, je me rappelle pourquoi je ne parlais plus à cette jeune fille depuis tant d'années. Elle parle trop. Bon, c'est sûr, ce qu'elle dit n'est pas dénué de sens. Lorsque je regarde autour de moi, la plupart de mes amis qui voyagent ont les moyens ou bien, ils ont travaillé suffisamment longtemps avant leur départ pour ne pas, comme j'ai eu si souvent tendance à le faire, se retrouver bloqués dans un coin de pays pas rapport, sans le moindre sou en poche. Pourtant, je ne peux m'empêcher de continuer à établir des plans sur la comète, et, invariablement, ils mènent à un dénouement décevant. Évidemment, je ne peux me lancer à la découverte du Laos avec une thèse en attente sur les bras. Ce serait, ma foi, assez mal perçu par mon entourage, je le crains.

J'ignore sincèrement ce que je vais faire avec mon diplôme, si je parviens, un jour, à l'obtenir. J'aimerais vraiment pouvoir réaliser mon objectif qui est de travailler à l'UNESCO. Ce n'est pas particulièrement le chemin le plus facile mais c'est de loin le plus intéressant, à mon sens. Le principal ennui est que je ne suis pas la seule à le penser. Nous verrons bien: à chaque jour suffit sa peine, comme disait l'autre. Sauf qu'il affirmait également que ce que nous semons aujourd'hui sera la récolte de demain alors, finalement, il a déclaré tout et son contraire, cet "autre" dont personne ne se soucie du nom.

Après la conversation avec la fort désagréable jeune donzelle qui mettait en évidence toutes les apories de mon existence, je me suis prise à me demander ce que j'aimerais faire là, tout de suite, si je n'avais pas d'obligations scolaires, financières, ou autres limitations morales. "Voyager" m'est venu immédiatement. Prendre mon sac à dos et vivre un peu partout, travaillant au gré des possibilités, découvrant que si les grands de notre société sont tous un peu pourris, il reste toujours des êtres sans prétention qui gagnent à être connus, des personnes anonymes au cœur plus précieux que tout l'or du monde, des quidams mystérieux au sein de bouts de pays magnifiques.

Bruno Blanchet, un chroniqueur de La Presse, illustre tout ce que je voudrais être: il y a quatre ans, ce comédien et polyvalent artiste, a tout vendu pour parcourir le monde avec son sac à dos. Il écrit une chronique hebdomadaire pour le journal La Presse et vit de presque rien. Il est, je l'avoue, devenu mon idole! Je ne peux m'empêcher de voir une certaine réalisation de la liberté de l'être, là où, pourtant, on pourrait déceler un besoin de fuite. Il déclarait récemment: "voyager, c'est être en vie tout le temps". Je suis tellement d'accord avec cette petite phrase que, une fois de plus, je me prends à rêver. Au fond, n'est-ce pas cela le but de l'écriture et du voyage? Donner un peu de rêve en un monde si riche en merveilles méconnues.

31 octobre 2009

Réussir envers mais pas contre tout!

"-Tu n'as pas le temps de prendre un thé, bientôt?
-Non, faut que je travaille.
-Tu travailles tout le temps, tu vas finir par t'épuiser.
-Non, c'est parfait! Travailler jusqu'à l'épuisement te permet d'être plus efficace: fatigué, tu prends le chemin le plus court pour réussir ton travail.
-...Ou le bâcler."

Ce n'est pas la première fois qu'un de mes amis me vante les mérites du travail jusqu'à l'épuisement, même si les arguments ne sont pas nécessairement les mêmes. Pour mon yankee préféré, il s'agit d'un moyen inéluctable pour parvenir en temps et en heure à la fin de ses recherches, tout en lui permettant de ne jamais avoir de remords quant à la quantité de temps investi. Mon ami avec qui j'ai eu cette conversation hier, en revanche, semble y percevoir un moyen de rendre son cerveau plus efficace. Le fameux concept de "vite et bien" qui serait mis en pratique par l'inconscient afin que le corps puisse se reposer après.

Peu importe l'argument, je ne peux m'empêcher d'être en désaccord avec cette vision des choses. Elle implique trop de sacrifices que j'estime potentiellement regrettables dans notre futur. Quand je regarde évoluer mes deux amis, je crois toujours discerner des manques, des cadeaux de vie importants qu'ils sont obligés de laisser sur le bord du chemin pour pouvoir avancer selon leur envie. Mon père serait certainement d'accord avec eux: pour lui, une vie est longue et il sera toujours temps de se tourner vers le "futile" après avoir réussi: tout est question de choix. Il faut savoir faire des sacrifices, mener une vie de moine en fermant la porte à toute distraction durant les quelques années de nos études afin d'obtenir un diplôme et la possibilité de choisir notre vie. Je conçois pleinement le "bon"sens de cette argumentation mais j'y vois un certain nombre de difficultés: en consacrant tout son temps, son énergie à son travail, au point d'en négliger ses amis, ne court-on pas le risque de se retrouver diplômé, certes, mais seul?

Il s'agit d'une extrapolation, bien sûr: je ne suis certainement pas une proche de mon ami "qui n'a pas vraiment le temps de prendre un thé", et j'ignore tout de son comportement avec ceux qui comptent vraiment dans sa vie. Mon yankee préféré trouve toujours le temps pour passer un moment de détente avec moi lorsque je lui propose. Peut être qu'il en va de même pour mon camarade overbooké. Peut-être...

Mais j'avoue que je suis toujours étonnée d'entendre ce genre de discours. J'ai l'impression que si j'adoptais la même attitude, certes, je finirais mon travail plus rapidement, mais non seulement je finirais par le bâcler, voire m'en dégoûter, mais en plus, je finirais par blesser ceux qui prennent le temps de s'intéresser à moi. En les négligeant, je prendrais le risque qu'ils me tournent le dos, une fois mon ambition satisfaite, et de me retrouver seule pour fêter ma réussite... Peut être suis-je tout simplement un brin trop fumiste et que je me cherche des raisons pour continuer à partager des moments simples avec mes amis, pour poursuivre mes envolées littéraires et tout ce qui pourrait s'avérer être une "distraction". Sûrement. Après tout, j'ai toujours privilégié cette voie, cette manière d'aborder le travail et la vie en général: je recherche la reconnaissance de ma famille et, dans ce but, je vais tout mettre en œuvre pour réussir mes études. Mais il y a des choses sur lesquelles je ne concevrais jamais de marcher pour parvenir à mes fins: mes amis sont le principal trésor de cette vie. A quoi me servirait toute la réussite du monde s'ils n'étaient plus là ?

Mais au fond, la conversation avec mon "ami qui cherche l'efficacité dans l'épuisement" n'est qu'un prétexte à une piste de réflexion sur les sacrifices qu'impliquent des cursus étudiants très demandant. Encore une fois, je ne suis certainement pas assez proche de lui pour me targuer de faire partie de ses priorités de distraction donc son refus n'est en rien un indice d'une négligence amicale de son côté. Je lui souhaite de tout cœur de réussir à réaliser ses rêves sans devoir poser des actes qu'il serait amené à regretter plus tard. Ce qui fait la valeur des choses est souvent lié au regard des gens qui comptent pour nous: seul, rien n'a vraiment de sens...

15 octobre 2009

Abus d'existence.

"Pardon", "Je m'excuse", "désolée",... Autant de mots que je déclame ma vie durant. L'un des multiples psy-suffixes, que j'ai côtoyé lors de mes années sombres, m'avait un jour déclaré que cette façon de m'exprimer était une illustration de mon mal-être: en somme, en demandant sans cesse pardon à tout et partout, je voulais qu'on m'excuse d'exister. A bien y repenser, la logique semble évidente quoique partiellement tordue. Cette démarche a beau s'avérer inconsciente, elle paraît tout de même un moyen étrange pour disparaître...

Pourquoi m'interrogeai-je, aujourd'hui, sur une tendance qui devrait, au regard de mon état de santé actuel, avoir disparu? Eh bien, tout d'abord, parce que ce n'est pas le cas et ensuite car réfléchir sur cette question m'a permis d'analyser un comportement sociétal plus global qui, à mon sens, relève d'une profonde incohérence. Je m'explique: ma forte tendance à l'excuse perpétuelle, à tort et à travers, semble s'opérer comme un tic de langage. Quand bien même je voudrais me taire, le mot fuse avant que j'ai pu songer à l'arrêter. J'ai pleinement conscience que, sur le long terme, la multiplication d'excuses dès que j'ouvre la bouche doit avoir un effet rébarbatif pour l'auditoire. Généralement, d'ailleurs, celui-ci se sent obligé de me rappeler que je n'ai pas forcément besoin de m'excuser pour toute la misère du monde à chaque remarque qui m'est faite. Il en tire alors une image plutôt fragile et peu confiante de ma personne, image qui, si elle n'est pas totalement dénuée de sens, s'avère très exagérée par rapport à la réalité. Mais j'en conviens: une personne qui demande pardon à un pied de table qui vient de lui ruiner l'orteil paraît peu solide. En fait, je pense que le recours à l'excuse en tout temps agit surtout comme un bouclier dans des situations de malaises: plus il se manifeste, moins je dois être à l'aise avec mon interlocuteur ou interlocutrice. En clair: moins je connais la personne et plus je pense que je lui apparais comme un être incapable, voire stupide, ce qui a tendance à provoquer chez moi une envie de disparaître, d'où l'excuse par container!

-"Wow! C'est un tempérament de battante que tu as!"

Oui, j'avoue. Comme réaction, c'est pas forcément la meilleure. Qui plus est, elle a souvent un effet amplificateur sur le ridicule de la situation, l'interlocuteur me prenant en pitié... Notez, cependant, que s'il n'en tenait qu'à moi, je ne m'adonnerais pas à cette tendance d'auto-flagellation verbale sans but. C'est un réflexe qui a le même effet que celui que j'évoquais dans le Sang des mots: à trop l'user en tout sens, l'excuse n'a plus de sens... Ce qui me pousse à le mettre en lien avec le malaise d'une relation sociale ou d'une situation est le simple fait, tout aussi condamnable, que je m'excuse fort peu avec des personnes que je connais bien. C'est une très mauvaise chose également: il faudrait, une fois encore, avoir recours à ce "juste milieu" qui régit nos existences. Je ne devrais pas être autant persuadée de mon bon droit lorsque je côtoie des proches alors que je voudrais me transformer en mur, en goudron ou en carrelage, en présence de toute autre personne...Au fond, c'est exactement comme si je devenais une autre personne selon le contexte, une image étrange et fragile au prime abord, qui devient de plus en plus trop sûre d'elle au fur et à mesure de la profondeur des relations. C'est là que réside l'incohérence sociale que je soulignais au départ: cela revient à jeter les fondations d'une relation humaine sur une publicité mensongère. A l'instar des débuts d'une relation amoureuse: tout doit être propre, beau, parfait et puis le temps efface les efforts pour laisser place au quotidien et à la réalité. Quel comportement étrange...

Mercredi soir, au cours de Kung Fu, l'une des mes camarades de l'oiseau aux grandes ailes m'a fait un très gentil compliment:

-"J'ai reçu un mail de toi pour les pièces de Fujiao cet été. ça m'a vraiment surprise: c'est un vrai talent de pouvoir écrire de même."

Merci beaucoup. ^-^ Peu importe la manière, l'endroit ou l'objet, un compliment sur ce qui nous tient à cœur est toujours un merveilleux cadeau de vie. Il devrait, sans cesse, nous rappeler que tout se mérite et que rien ne nous est dû. En somme, il ne nous reste plus qu'à trouver l'être juste entre celui qu'on projette et celui qu'on devient.

Force et Honneur, comme disait l'autre.

7 octobre 2009

Le Sang des mots!

"Je t'aime."

Trois mots simples, supposés représenter le summum du romantisme et de l'Amour avec un grand "A". Sept petites lettres que, si l'on se fie à la croyance populaire et aux sites féminins, toute gente demoiselle qui se respecte attend, sa vie durant, de la bouche de son cher et tendre...

J'avoue: les mots sont jolis. S'ils sont prononcés par l'être aimé, ils provoquent certainement une douce sensation de chaleur tendre, un peu comme lorsqu'on mange un M&Ms, qui fond dans la bouche et pas dans...Bref! Pourtant, je ne peux m'empêcher de me demander quel sens ces quelques lettres attachées ensemble ont encore? Je m'explique:

Lorsque j'écoute ou je lis des commentaires de personnes autour de moi, que je ne connais d'ailleurs pas forcément, je remarque qu'il est devenu courant d'employer "je t'aime" un peu à toutes les sauces. Entre amis, amoureux, vagues connaissances parfois: le dire, c'est le dompter, c'est montrer qu'on assume ses sentiments et qu'on est relié à l'autre par quelque chose de solide. Combien de fois ai-je lu sur papier, sur le net, ou bien entendu, une personne dire à l'autre, fille ou garçon, un "je t'aime" enflammé par le goût de la liberté, par le besoin d'exprimer, là, maintenant, un attachement amical qu'on veut profond? J'ai pourtant l'impression que l'utiliser ainsi, en le jetant au visage de n'importe qui, n'importe comment, parce que nous sentons que, à cet instant précis, on peut se montrer excessivement libertaire avec ce sentiment, cela dénature le sens profond de ce que ces quelques lettres expriment. A force d'être utilisées partout, elles ne signifient plus rien ou, tout au moins, pas plus qu'une poignée de main ou une tape sur l'épaule. Son usage à l'overdose l'a vidé de tout son sens, plus efficacement qu'une sangsue.

Personnellement, je ne suis certainement pas la meilleure personne pour aborder cette question: j'ai beaucoup de mal à user de ces trois mots. Je vais plus aisément rédiger une lettre enflammée que prononcer ces sons aux couleurs de feu. Comme si leur sonorité pouvait me brûler par inadvertance, ou, plus exactement, comme si je salissais trop la beauté du message en le nommant. "Définir, c'est réduire" déclarait Oscar Wilde. Je semble me refuser à toute réduction du sens profond de ces mots. Alors, j'avoue, lorsqu'on est presque incapable de dire "je t'aime" aux êtres qui nous sont intrinsèquement proches, tels que notre famille ou notre amoureux, l'entendre prononcer en tout sens nous semble étrange. Cela ne veut pas dire que c'est mal: je serais bien mal placée pour faire ce genre de réflexion. Après tout, trop d'amour n'a jamais tué personne...Mais faut-il encore qu'il soit vrai, que ces affirmations, jetées comme autant de feuilles mortes un soir d'automne, ne soient pas un moyen détourné de meubler un vide sentimental, une absence de réflexion sur ce qui nous lie.

Bref, il s'agit sûrement d'un de ces phénomènes de société que je ne comprends pas. Un de ces moments de vie où je ne sais pas quel sens donné aux mots qui sont ainsi prononcés. Ou bien suis-je, tout simplement, subrepticement, devenue vieux-jeu.Tiens, oui! Ce doit être ça... Rien de bien surprenant, finalement. ^_^

22 septembre 2009

Vie amicale!

-"Tu as une tendance assez marquée pour être, parfois, d'une gentillesse infinie avec des inconnus alors que tu te montres froide et distante avec tes amis proches."

Gnê? La phrase de mon yankee préféré me laisse quelque peu songeuse. Certes, je ne suis pas ce qu'il y a de plus facile d'accès lorsqu'on touche à des sujets qui m'affectent particulièrement: j'ai une forte tendance à mâchouiller ma tristesse jusqu'à ce qu'elle soit si peu consistante que je peux l'avaler sans même m'en rendre compte. Au mieux, je vais en parler ici, sur cette équivalence de la Pensine d'Harry potter. Mon ami semble percevoir derrière ce comportement une faille dans la solidité de notre amitié. Cette conversation n'est d'ailleurs pas l'unique dans son genre: du fait de notre conception très différente des relations amicales, nous devons souvent opérer des petits réglages en matière de communication. Personnellement, je ne suis pas particulièrement un être fusionnel et tactile. Pour être claire, j'ai beaucoup plus de facilité à enlacer et câliner un animal qu'un être humain: mes congénères provoquent, inéluctablement, la même raideur de mouvement ainsi qu'une gêne notable dans mes propos dès qu'ils tentent de pénétrer un peu trop avant dans ma bulle. J'ai tendance à mettre cette attitude quelque peu handicapante sur le compte de mon agoraphobie latente.

-"T'exagères, Steph! T'es pas aussi apeurée que tu veux bien le laisser paraître."

En fait, je dois certainement en mettre un peu trop en usant du terme "agoraphobe": je n'ai jamais vraiment souffert physiquement de la foule. Pourtant, j'y suis tout de même aussi à l'aise qu'un lièvre au milieu d'un nid d'aigles! Déjà maladroite de nature, j'ai tendance à devenir une catastrophe ambulante et à tenter, inconsciemment, de mettre un terme à ma crainte des inconnus et du monde en m'enfermant dans ma tête. Cet aspect, d'ailleurs, s'avère gênant lorsque, à l'instar de hier soir, je joue pour la première fois cette saison avec une équipe de volley ball: de mauvaise, je deviens carrément un handicap pour mes malheureux camarades de jeu, qui ignorent si je suis profondément déprimée dans la vie en général ou si je suis simplement sous Prosac. Bien entendu, cette gêne et ce côté fléau de l'humanité s'atténue au fur et à mesure que j'apprends à connaître les personnes qui m'entourent. Pourtant, le contact humain m'est toujours aussi difficile.

A bien des reprises, j'aurais aimé être capable de prendre des êtres chers dans mes bras, pour les réconforter ou simplement leur montrer que je suis là. Mais cela ne vient pas spontanément et, si je parviens tout de même à m'obliger à approcher la personne, le câlin est probablement le plus raide et le plus maladroit que celle-ci ait connu. Je ne sais, d'ailleurs, jamais quand l'arrêter, ce qui doit souvent bouleverser mes compagnons. Dernièrement, quelques-uns de mes amis traînaient derrière eux ces chaînes de tristesse et de solitude qui me font tellement mal au coeur. A l'instar de mon billet sur le Yin et le Yang du temps qui passe, j'aurais voulu pouvoir, dans un élan de compassion amicale, leur enlever ces poids inutiles qui assombrissent, quelques instants seulement, leur regard. Bien entendu, je n'en ai jamais été capable. Je me réfugie alors derrière les croyances étranges de ma maman et j'imagine mes amis entourés d'une bulle de lumière. Je suppose que ce n'est pas très utile mais ça m'empêche de trop penser que j'ai été, une fois encore, une handicapée sociale.

L'amitié, à mon sens, est un trésor de la vie, une des richesses qui font que, lorsque nous ne possédons plus rien, nous avons encore le goût d'avancer et de nous battre. Elle est indicible et indéfinissable: il n'existe aucun moyen pour en préciser les contours et en établir un mode d'emploi. Elle réchauffe le coeur du plus solitaire des êtres et elle fait que nous développons notre propre personnalité. Loin des préjugés, des modèles, des bien-pensants, elle laisse à chacun la possibilité d'être lui même et d'exister: il n'existe pas une bonne manière de voir les choses et c'est la divergence d'opinion qui nous permet de progresser dans l'apprentissage de ce que nous sommes. Il faut, simplement, laisser à chacun de nous une petite place pour grandir, loin des moules de pensée, et l'amitié est le baume au coeur qui nous permet d'être, chaque jour, un peu plus heureux, un brin plus joyeux, un tantinet plus serein.

8 septembre 2009

Procuration vitale.

Vivre par procuration est un concept bien étrange. Lorsque j'étais enfant, je l'entendais dans la chanson de Jean Jacques Goldman sans vraiment en comprendre tout le sens. Vivre à travers les autres, à travers les rêves et les histoires que la télévision nous donne en pâture, n'est-ce pas plutôt "mourir vivant"? Au fond, rien de ce qui nous permet d'avancer ne nous appartient vraiment, selon cette perspective. Nous ne faisons que nous approprier des images de vie que nous observons de loin, sans vraiment comprendre à quoi elles réfèrent.

Personnellement, je lis beaucoup, depuis longtemps. Toute sorte d'ouvrages sont passés entre mes mains, de la bande dessinée au roman de science fiction, en passant par le livre dit érotique ou encore l'enquête policière. J'en ai tiré, je crois, un monde imaginaire pour le moins riche et propice à l'évasion. Lorsque plus rien ne va ici-bas, mon esprit plie bagages et s'envole construire un nouveau monde, le sien, dans cet ailleurs qui n'appartient qu'à lui seul. Plus jeune, il arrivait que mon imaginaire créât des histoires aux relents si vrais que je me sentais réellement oppressée et malheureuse, ou bien enthousiaste, sans aucune raison apparente. C'est ainsi que j'ai écrit Merveille Humaine: cet ouvrage est le produit même de mon imagination solitaire, imprégnée de mes lectures et de mes rêves d'adolescente. Il est la version fixée d'une histoire mille fois racontée dans mon esprit, dessinée, modifiée, transformée, adaptée. Ce sont ces types de récits imaginaires qui m'ont permis d'avancer sur le chemin de mon existence, sans me laisser vraiment dévorer par tout ce qui m'entourait. La méthode est classique: la fuite physique s'avère complexe à six ans. Remarquez, je l'ai tentée!

-"Oh! Tu as fait une fugue?!"

Non. Enfin, pas réellement. Je répondais aux disputes familiales par la fuite: je remplissais une valise, plus grande que moi à l'époque, de niaiseries en tout genre et je montais en haut de la rue, attendant je ne sais quel transport magique. C'était généralement ma mère qui me ramassait en rentrant du travail. Maigre fugue qui se voulait certainement une sortie théâtrale! J'ai peut-être raté ma vocation...^-^

Je m'égare, une fois de plus. Vivre par procuration a quelque chose d'extra-ordinaire, au sens de non commun, parce que cela revient presque, à mon sens, à mettre des œillères sur sa propre existence en s'en inventant une, plus agréable. En somme, c'est une fuite sans valise. Un exil de son corps sans disparition apparente. Un moyen très humain de sortir de sa condition sans autre arme que le rêve et l'imagination. Outil pratique si l'en est mais indubitablement peu sain sur le long terme. Tôt ou tard, il faut ouvrir les yeux et assumer ce qui nous entoure. Reculer pour mieux sauter? Un peu de sucre dans une vie trop amère? Un peu des deux? La vie par procuration est en tout cas une notion bien mystérieuses pour ma petite personne, qui en use pourtant si souvent. Le risque est toujours grand de prendre cette vie parsemée de rêves et de minuscules mensonges pour la réalité et de la laisser déborder sur notre quotidien: ce serait pourtant la porte ouverte à une chute douloureuse car le rêve disparaît lorsqu'il est confronté à la rationalité d'autrui.

Mais peut-être que tout est dans la mesure? Le fameux Juste-Milieu, encore une fois? Entre vivre par procuration et s'évader dans son monde secret, il y a certainement une nuance, une notion de temps et de contrôle qui maintiennent l'équilibre. Ce sont certainement ces limites qui différencient les faux-vivants du reste de leurs congénères. Nous revenons alors à la notion de choix personnel, de la construction de notre vie: seules nos actions prouvent ce que nous sommes, peu importe nos rêves et nos belles idées. Celles-ci sont nécessaires pour faire avancer l'individu mais elles doivent, pour s'accomplir pleinement, trouver une résonance dans nos actes. Alors, comme le disait cette petite fille devant l'ONU, soyons ce que nous faisons et non ce que nous disons.

30 août 2009

Intelligence Corporelle ou Puissance de l'esprit?

Il paraît que la chance n'existe pas, que nous provoquons notre destin et que rien n'est écrit. Les théories prônant l'inverse appartiennent généralement aux courants religieux qui souhaitent voir leurs ouailles suivre une même voie. Pour ma part, je serais tentée de penser que nous sommes tous, de manière plus ou moins consciente, bien entendu, responsables et acteurs de ce qui nous arrive. Nous ne recevons que les épreuves que nous avons la force de supporter, quoique, parfois, des erreurs de calcul surviennent, débouchant sur des conséquences regrettables.

En moins d'une semaine, j'ai réussi à transformer mon corps en champ de bataille! Deux chutes de vélo relativement violentes et j'ai pu ajouter une nouvelle panoplie de bleus et d'égratignures à mon panel déjà bien fourni. La seconde m'a d'ailleurs privée de la compagnie de certains de mes amis, vers qui je me dirigeais, afin de prendre une petite bière estivale. En lieu et place, j'ai eu droit à une nuit douloureuse et un matin courbaturé. Vous me direz, à première vue, mon vélo a eu bien plus de dommages que moi même, alors je n'ai pas à me plaindre. Pourtant, ça m'a rappelé cette fameuse année 2003 ou j'aspirais tellement à mourir, parvenue à ma limite de tolérance après sept ans de maladie, que je vécus trois "accidents" en l'espace de six mois. Il semblerait que selon notre état d'esprit, notre corps réagisse de manière pour le moins pratique. Je suis toujours surprise de l'intelligence autonome de notre moyen de locomotion ou, pour le dire autrement, de sa capacité d'adaptation à la force de notre esprit.

-"Mouais...ça voudrait dire que, selon ton état d'esprit, conscient ou inconscient, tu influes sur le cours des événements extérieurs? Par exemple, pour tes chutes en vélo, tu ne pouvais pas réellement prévoir que Trucmuche allait t'ouvrir la portière dessus ou que chosemachin allait décider de tourner devant toi, le jour où tes freins sont en vacances!"

Bien sûr. Je ne pense pas que notre esprit ait suffisamment de force pour jouer sur des plans extérieurs. En fait, ce que je crois, c'est que si notre état d'esprit est trop négatif, fatigué ou un tantinet fataliste, il baisse notre attention au point de générer des "accidents" en cascade. Les deux péripéties qui me sont arrivées cette semaine, par exemple, avec mon fidèle compagnon à deux roues, auraient peut-être pu ne pas advenir si j'avais fait montre d'un peu plus d'attention... Cela dit, je n'appuie ma réflexion sur aucune étude sérieuse et scientifique: ce sont juste des remarques que je me suis faites, au regard des événements se produisant autour de moi.

Hier soir, j'ai accompagné ma nièce au concert des Jonas Brothers au Centre Bell! Personnellement, ce n'est pas mon genre de musique mais c'était très amusant visuellement! Je vous en raconterai les moindres détails dans mon prochain billet, car je suis sûre que vous trépignez déjà de savoir, mais je vais commencer par aller offrir une cure de jouvence à mes freins à la retraite... Histoire que je ne sois pas totalement dépecée et bleue dans une semaine! ^-^

Petite mention spéciale à mes amis qui m'ont attendue: je m'excuse encore. Il faut croire que je n'avais pas sorti mon corps en mousse ce soir là et mon vélo ne ressemblait plus vraiment à la Batmobile d'antan! J'espère de tout coeur que vous avez tout de même passé une bonne soirée!

16 août 2009

Réadaptation à la vie Montréalaise.

Bon. Je l'ai demandée, je l'ai eue: la chaleur semble avoir pris ses quartiers d'été à Montréal. Cette moiteur lancinante, qui donne en permanence à notre peau une texture collante, paraît décider à nous faire dégorger toute l'eau que notre corps conserve. Remarquez, je ne vais pas me plaindre: je l'ai réclamée plus souvent qu'à mon tour, quoique cette chaleur n'ait rien à voir avec celle du Sud de la France. Cela donne l'occasion de faire fi de tous nos complexes: il fait trop chaud pour se traîner en jean et en pull sous prétexte qu'on n'a pas le corps de Jessica Alba. ^_^

Hier soir, je me suis rendue à une soirée organisée chez Fujiao. Il faisait doux et le party avait, pour l'essentiel, lieu dans le jardin. Seuls les adeptes de Guitar Hero jouaient à l'intérieur. J'y suis arrivée à 23h, j'ai discuté un peu avec mes amis présents, avant de raccompagner Nadège à son domicile. Ce fut une petite soirée tranquille mais très sympathique.

Le retour à Montréal fut plus difficile qu'à l'ordinaire, tant j'étais partie tourmentée et revenue paisible. Je commence à retrouver mes marques et à me réadapter à la vie Québécoise, à passer du temps, à nouveau, avec mes amis et à apprécier ce que je vis ici. Un de mes amis m'avait un jour dit qu'il ne voulait pas voyager trop longtemps car il craignait de laisser ses compagnons derrière lui, un peu comme son père l'avait fait avec lui du fait de son travail. J'avoue que les voyages font tellement partie de moi que j'avais eu du mal à comprendre son point de vue, sur le coup. Retrospectivement, je songe que ce que j'ai vécu en revenant de France doit avoir un lien avec son message: j'étais triste de laisser mes amis et ma famille derrière moi, même si je sais que je ne les perdrai pas, alors que j'aime retrouver mes camarades d'ici. Viendra le temps où il me faudra faire des choix de vie qui me contraindront à laisser des gens derrière et ce sera sûrement déchirant.

En dépit de ces considérations, je continuerai de voyager et de rencontrer des gens captivants car ce sont des instants qui n'ont pas de prix. Encore une fois, je peux m'identifier au Renard du Petit Prince: je veux être apprivoisée, tout en sachant très bien que je serai un peu triste lorsque mes nouveaux amis ou moi même devrons prendre un autre chemin.

14 août 2009

Cri invisible.

Dans quelle mesure existons-nous vraiment? Est-ce que vivre, au sens biologique du terme, nous autorise à être? Si, quoi que nous fassions, quoi que nous disions, nous ne sommes jamais qu'une ombre dans le regard de nos proches, alors ne sommes-nous pas déjà morts?

Je ne peux m'empêcher de songer à la phrase du monsieur rencontré lors de mon bénévolat aux Restos du Coeur. J'en avais déjà parlé dans mon billet Reflexions d'un jour divers:

-"Ce qui est le plus dur, ce n'est pas le froid. C'est l'indifférence."

Je comprends ce qu'il voulait dire. L'indifférence nie l'existence de chacun. Lorsqu'on n'intéresse plus personne, nous perdons tout sens car nous nous définissions par rapport aux autres. Alors, lorsque celle ci est affichée, de manière parfaitement inconsciente, par les membres les plus proches de vous, la blessure est d'autant plus intense. J'ai fui toute ma vie pour ne pas admettre que je n'étais qu'une ombre pour eux, un être sympathique mais sans intérêt qu'on tolère par habitude. Un être qui se fait dévorer de l'intérieur par l'autre, celle qu'on préfère car plus expansive et joyeuse, en silence, sans un cri. Après tout, personne ne m'a autorisée à avoir ma place dans cette vie et je n'ai jamais eu le cran de la prendre...

Je me demande ce qui m'a le plus pénalisée: mon côté loup solitaire ou mon cynisme. Peu importe. Il est déjà trop tard. J'ai envie de reprendre mon sac à dos et de rejoindre une amie en novembre, dans un coin du monde où personne ne me regardera avec ce regard vide et froid, ces yeux qui montrent plus une résignation à mon existence qu'une réelle envie de la connaître...

L'astre de Râ brille de tous ses feux aujourd'hui. Pourtant, je me sens un peu triste, un brin inutile, un tantinet ratée. Il paraît que la Vie nous donne les lots que nous sommes capables de porter. Certains font tout de même plus mal que d'autres.

Hier soir, mon professeur de kung Fu m'a affirmé qu'il me pensait prête pour l'examen. J'ai senti un peu de chaleur réchauffer mon cœur trop froid. Ces petits riens sont autant de preuve de mon existence, alors j'essaie d'avancer, sans trébucher.

7 août 2009

Fascination pour un autre monde.

Bon. Nous avons une fois de plus la preuve que j'ai, en dépit de tous mes beaux discours, un côté fleur bleue prononcé!

-"Tu as écrit un poème avec ton sang pour déclarer ta flamme?"

... Quel romantisme, en effet! Mais ce n'est pas si loin, remarquez: je me suis mise à lire Twilight!

-"Quoi? Ce roman à l'eau de rose pour une jeunesse chrétienne?"

(Héhéhé! Non, je ne cite personne, pourquoi?;) )

Eh bien oui. Commençons par le début: mardi, tristement, je monte dans l'avion qui devra me reconduire en terre Canadienne. Pas que j'étais malheureuse de revenir mais la sérénité acquise au sein de ma campagne ne m'incitait pas à trépigner de joie pour revenir me plonger dans le stress d'une vie qui n'avance pas! Bref, je m'éloigne, une fois de plus, du sujet qui nous occupe!

Mardi, donc, je prends l'avion pour Montréal. Comme premier film, Air Transat nous passe Star Trek 9. Plus par esprit de contradiction que par réelle animosité envers ce produit cinématographique, je me refuse à suivre ce défilé de mini-jupes et me concentre sur la musique de mon MP3. Mes voisines de couloir, peu convaincues non plus par les premières images des hommes aux oreilles pointues, sortent leur portable et se mettent en devoir de visionner Twilight! Bilan: je regardai, par intermittence, le film vampiresque, sans le son.

-"..."

Non! C'était très bien! J'ai vraiment aimé ça! ^-^

-"Re "..." !"

Pff!!! Bref, tombant par hasard, il y a deux jours, sur le tome Fascination de la série Twilight, je me décidais à en parcourir quelques pages! Bon, soyons honnête, j'ai lu la totalité du volume en deux jours. Curieusement, je suis entrée pleinement dans le monde de Bella et de la famille Cullen, au point que je ne parvenais pas à m'arrêter. Je me suis sentie aussi étrange, à la fin, que lorsqu'un livre me passionne trop, au point de me faire oublier ma réalité. Cela m'était dèjà arrivé avec Germinal de Zola: j'étais tellement entrée dans l'histoire que je ne cessais de lire que fort tard le soir, persuadée que j'étais affamée et incapable de me procurer de la nourriture. Il me fallait quelques secondes avant de retrouver mes esprits.

A la fin de Twilight, j'ai passé quelques heures ailleurs, sur un nuage, regardant d'un air absent ma vie et ses événements. Tout me paraissait insipide et sans but à côté des aventures que je venais de lire. A vrai dire, et c'est certainement ce qui fait la réussite de l'écriture de cet ouvrage, je me suis entièrement identifiée à l'héroïne: maladroite sans égale, elle se considère comme un élément dans une masse, invisible pour les autres, peu douée dans les domaines qu'elle apprécie. Ses arguments pour ne pas aller au bal de fin d'année, parce qu'elle ne sait pas danser, m'ont fait sourire car j'avais déjà sorti les mêmes, en d'autres circonstances!

Bref, en dépit des commentaires négatifs de la plupart de mes amis, du regard découragé d'Ami lorsque je lui en ai parlé hier soir, j'ai vraiment aimé ce livre. Je m'oblige à ne pas aller lire la suite car j'ai beaucoup de travail en ce moment et ce n'est pas l'idéal pour la concentration! ^-^

Lorsque j'étais enfant, je m'asseyais dans le jardin pour essayer d'apprendre à voler, comme dans Dragon Ball Z. Je rêvais que soudainement, une araignée radioactive allait me mordre ou que je tomberais entre les mains de vils scientifiques qui feraient de moi un être à part, qui sortirait du commun, qui serait enfin autre chose qu'une ombre de plus dans une société sans but. Je me surprends encore, parfois, à souhaiter vivre un événement surnaturel qui bouleverserait mon quotidien. Bien sûr, tout un chacun aimerait quelque chose de similaire. Pourtant, nous construisons tous notre vie comme les autres, selon notre éducation et nos moyens. Les marginaux eux mêmes deviennent une pièce standard de notre société. Alors il nous reste le rêve et l'imagination: Twilight, Harry Potter, la plupart des dessins animés et des animations japonaises sont le reflêt de nos aspirations secrêtes. Ces productions nous donnent le rêve et l'espoir nécessaire à l'être humain. Un jour, j'espère sincèrement être capable d'écrire un peu de notre âme sur papier. C'est sans doute l'un des plus beaux métiers du monde.

...Je pourrais peut-être ne lire que le second tome???

14 juillet 2009

Apprentissage Sociétal.

Retour en France, pour deux semaines, dans quatre jours. Cela va faire un an que je n'y ai pas été. Remarquez, si j'avais respecté mon programme, je n'y serais même pas retournée cet été et j'aurais achevé ma thèse en décembre... Bon, ne retournons pas le couteau dans la plaie: ce ne sera pas le cas.

En fait, je ne réalise pas vraiment que je vais bientôt être dans un avion qui me ramènera vers ma terre natale. Je n'ai même pas commencé mes valises. Je repense à tous les événements qui se sont déroulés en cette année scolaire 2008/2009. J'ai découvert beaucoup de choses sur le fonctionnement de notre société: j'ai eu des amitiés fortes comme des déceptions particulièrement douloureuses. Les hauts et les bas que j'ai rencontrés avec Jules m'ont aussi permis d'apprendre beaucoup sur moi même.

Parfois, je me demande jusqu'à quel point nous devons en vouloir aux personnes qui nous ont blessés. La plupart de nos actes sont influencés par nos propres expériences et nos propres vécus: celui qui nous rejette a sans doute été lui même oublié, autrefois, et refuse de vivre à nouveau ces souffrances. Pourtant, est-ce une excuse pour toujours reproduire le même schéma? Inconsciemment, nous appliquons le proverbe du chat qui se serait trempé dans l'eau trop chaude. Nous sommes, dans le même temps, attirés par ce que nous connaissons déjà et effrayés par le souvenir que cela suscite en nous. De fait, nous finissons par ne plus savoir ce que nous voulons: fuir ou donner une seconde chance? Recommencer en se disant que ce ne sera peut-être pas pareil, même si tout nous indique que si? Comment oublier les cicatrices des relations passées?

Lorsqu'on tombe amoureux, on voudrait ne jamais blesser l'autre, le protéger pour que jamais le voile gris de la tristesse n'assombrisse ses yeux. On se dit que ressentir autant d'amour pour une personne est merveilleux et ne peut avoir de fin. Enfin, c'est ce que nous souhaiterions au fond de nous-mêmes.. De par mon éducation et mon expérience personnelle, j'ai toujours conservé un discours cynique et défaitiste sur l'avenir des relations longues. Je suis certaine, pourtant, que j'aurais voulu qu'on me prouve que j'avais tort et qu'on m'enlève cette peur viscérale de souffrir. J'ai blessé Jules plus souvent qu'à son tour. Par mon franc-parler, parce que je veux toujours tout dire pour que l'échec, s'il advenait, ne soit jamais imputable à un quiproquo. En clair, j'ai toujours fondé chacune de mes actions et de mes paroles dans mon couple sur l'idée que ce serait une occasion de moins d'insuccès.

-"Wow! C'est une bonne base, ça..."

Oui, je sais. Tout penser en fonction de l'échec possible est la meilleure façon de le susciter. C'est un peu comme regarder la voiture de droite lorsqu'on conduit: imperceptiblement, on se dirige vers elle. Pourtant, c'est la seule manière que j'avais trouvé pour préserver ce que nous avions construit. Un de mes amis me disait un jour: dans un couple, les deux sont responsables. Les deux se font du mal et se blessent. Il n'y a jamais un méchant et un gentil. Sûrement. Pourtant, j'ai parfois l'impression qu'un côté cumule plus les coups que l'autre. Ce n'est pas nouveau: les relations sociales, c'est pas mon truc...

Parfois, lorsque je sens que je blesse les autres, lorsque je sens leur peine et que je me sais responsable, j'ai envie d'arrêter. Je voudrais ne plus m'attacher pour ne plus susciter les larmes avec mes pensées égoïstes. A trop dire tout ce que je pense, je finis par imposer mon mode de pensée aux gens qui m'entourent. Je ne leur laisse pas le choix: pour éviter d'avoir mal comme j'ai si peur que cela advienne, je fais souffrir mes proches. C'est ironique. Vous me direz, les relations amicales et amoureuses sans incidents seraient moins riches...Sûrement... Pourtant, je ne peux m'empêcher de me demander si, une fois encore, ce n'est pas simplement une preuve de mon incapacité sociale. Un peu comme quand je ne suis pas capable de m'adresser à ma famille sans agressivité. Je voudrais vous dire tant de choses, Amis, mais je n'ai pas les mots. Lorsqu'un bonheur intense m'inonde, lorsque j'ai un goût de miel dans la bouche, je voudrais pouvoir l'exprimer, mais je ne sais qu'écrire, alors je passe par ce biais. Parfois, les gens ont peur de mes mots, souvent ils ne comprennent pas vraiment. On dirait que je ne suis pas douée pour rendre la danse des papillons, un soir d'été.

Un jour, j'aime à le croire, je saurais ne pas renverser d'un revers de main le château de cartes des relations, si patiemment construit. En attendant, j'apprends chaque jour à avancer sur le chemin de notre existence, parsemé de ronces mais regorgeant, également, d'ineffables trésors.

10 juillet 2009

Mue des papillons, un soir d'été...

-"Au pire, on pourrait être colocs! ça doit juste faire bizarre la première fois que ton ancien amoureux ramène une fille à la maison...
- Impossible! Tu ne peux pas vivre avec ton ancien amour. C'est rare que les séparations se passent en bons termes. Il y en a toujours un qui laisse l'autre.
- Ben là... ça veut dire que tu perds non seulement un amoureux mais aussi toute la complicité que tu as construite avec?
- Oui."

Dialogue amical sans autre but que d'être.

Pourtant, je ne peux m'empêcher de trouver triste le raisonnement de mon ami. Je comprends que lorsque les sentiments ont été intenses, il est difficile de basculer immédiatement dans le registre convivial: hier, il était notre avenir, aujourd'hui, il est celui qui ne fait pas la vaisselle dans l'appartement. J'avoue que les changements seraient un peu brusques. Pourtant, je trouve très triste d'imaginer que si les relations amoureuses ne fonctionnent plus, la seule solution est de dire Adieu à l'autre et de changer toute notre complicité, bâtie au fil du temps, en de vieux souvenirs et des albums photos.

A vrai dire, je n'ai pas une très très grande expérience amoureuse. Avant Jules, je n'ai été vraiment attachée qu'une fois alors c'est un peu toujours cette histoire, mon point de repère. Elle n'a, d'ailleurs, sans doute pas été assez longue pour que je comprenne les apories d'une relation amoureuse en déclin. Pourtant, j'ai l'impression que j'aurais perdu bien plus qu'un amoureux si nous n'étions jamais redevenus des amis. Il me semble que notre relation s'est enrichie d'avoir marché, même quelques mois, sur le même chemin de vie. En complicité, certes, mais également en connaissance de nous mêmes. Une petite étincelle, un non-dit, quelques poussières d'amour qui restent accrochées à notre peau.

Souvent, les personnes estiment que si quelqu'un reste ami avec son ex, c'est qu'il est encore amoureux ou, tout au moins, qu'il espère quelque chose. Je suis contre cette pensée. Une relation amoureuse qui s'est éteinte a laissé ses papillons sur le bord du chemin. Il n'est pas question de leur rendre la vie. En revanche, d'autres peuvent apparaître: des différents, plus colorés, plus vifs, plus heureux. Pourquoi serait-il impossible de rester des amis particuliers après s'être tant aimés? Parce que nous aurions, justement, trop aimé? Mais est-ce vraiment possible de donner trop d'amour? Et puis, n'est ce pas le lot de toute relation trop longue de déborder sur le plan amical? Alors pourquoi ne serait-ce plus possible après une séparation?

Bien sûr, je me doute qu'il faut une période de transition. Le temps que la brûlure, qui consume chacun de nos organes dès qu'on croise ou qu'on songe à notre amour perdu, s'estompe. Cette douleur ineffable ne peut s'adoucir dans la relation amicale, les premiers temps. En revanche, par la suite, n'est il pas possible de se retrouver? Notre relation, axée sur l'amitié, n'en devient-elle pas plus forte?

J'aime à le croire, en tout cas. Il n'y aurait définitivement plus aucun intérêt à s'investir autant dans une relation amoureuse si l'on sait qu'il y a une chance sur deux pour qu'on perde, à la fin, un amoureux ET un ami. Ce serait du gâchis. Mais peut-être raisonnais-je encore avec mon esprit fataliste, un brin cynique, pourtant si fleur bleue? ^-^

8 juillet 2009

Emotions en Musique.

Je suis toujours étonnée des associations que réalise notre mémoire entre des événements et des détails anodins. L'exemple le plus marquant est certainement la musique: qui ne s'est jamais senti tout chose en écoutant les paroles d'une chanson, évocatrice d'un temps perdu? Lorsque mon premier amoureux m'a quittée, j'ai été incapable d'écouter Black Session de Yann Tiersen pendant deux ans. A chaque fois que j'entendais les premières notes d'un morceau, je sentais mon coeur se serrer et une bouffée de tristesse m'étouffait de l'intérieur. Ce phénomène n'a de cesse de m'étonner: en toute honnêteté, j'ai autant de mémoire qu'un poisson rouge, voire moins par certains moments. Or, les émotions reliées à quelques petits riens du quotidien sont suffisamment puissantes pour secouer la poussière de tous les vieux souvenirs mais également pour en rendre les sensations d'alors tangibles.

D'une nature un brin rêveuse, je me laisse souvent emportée par mes pensées. Lorsque j'entends, par hasard, le son d'une musique évocatrice ou encore lorsque je foule une terre déjà arpentée, en d'autres circonstances, je me remémore le passé. Je me demande ce que deviennent mes compagnons d'alors. Ont-ils trouvé leur voie? Sont-ils heureux? Ont-ils beaucoup changé? Trouveraient t'ils que j'ai beaucoup changé?

Du fait de l'assez longue période de ma vie où j'étais "une autre", mon corps s'est radicalement transformé, il y a sept ans. Lorsqu'il m'arrive de retrouver des amis d'avant ce changement, j'ai toujours un instant d'hésitation. Je crains leur réaction. A l'instar de toute ma famille, j'aurais sans doute droit au rituel:

-"Ah ben tu es guérie! Tu es bien, maintenant!"

Rien de si terrible, à priori. Pourtant, cette intervention est trop reliée à des émotions douloureuses dans mon esprit pour que je la prenne avec un sourire sincère. Lorsqu'une maladie psychologique touche le physique, la plupart du monde pense que tout est réglé lorsque notre corps a repris une apparence "normale" pour la société. Pour ma part, l'année où j'ai rempli les normes, après sept ans de marginalisation, alors que tout le monde se réjouissait de me voir redevenue une "femme", j'ai voulu mourir avec plus de force que jamais. Je n'ai pas réussi et, à posteriori, tant mieux. Pourtant, je sais que tout n'est pas terminé. Même si je contrôle encore ma volonté, je sais que l'"Autre" est encore là, à l'affût de la moindre faiblesse. Je la sens frissonner de plaisir dès qu'une phrase, un regard, une musique me rappellent ces noires années où elle avait le dessus. J'ai des séquelles comportementales, dans mon quotidien, et lorsque ma vie fout le camp par petits bouts, j'ai encore le réflexe de me prostrer dans un coin de ma tête, lui laissant le champ libre. Le propre de ces maladies psychologiques que personne ne comprend et qui effraient tous ceux qui les côtoient est de ne jamais totalement disparaître. Elles se transforment, s'enroulent en silence dans un coin, prêtes à bondir à la première occasion. Parfois, j'ai peur. Mes propres réactions m'effraient: j'ai l'impression de perdre le contrôle, de paver moi même le chemin de ma destruction.

A vrai dire, ces troubles psychologiques ne sont réellement considérés que parce qu'il y a une dégradation physique visible. Ils se déclinent pourtant bien au delà de la seule apparence. Nombre de mes amis se sentent parfois perdre pied. Parce que c'est sporadique, cependant, et parce qu'ils parviennent toujours à reprendre le dessus, ils n'en font pas cas. Je me demande jusqu'à quel point nous pouvons ainsi donner l'illusion que tout va bien. Je devrais le savoir: c'est un peu ma phrase fétiche.

-"Tout va bien. Tout va toujours bien."

Tiens, je vais écouter Emmenez-moi, de Charles Aznavour. Les émotions liées sont heureuses et je penserai à vous, là bas, de l'autre côté de la vaste étendue bleue. Vous me manquez un peu quand même! ^-^

6 juillet 2009

Capricieuse Humanité.

Dans quelle mesure sommes-nous maîtres de nos vies? A partir de quand nos décisions sont-elles dépendantes de celles des autres? Qu'est ce qui rend notre chemin à ce point tortueux ou, au contraire, si droit que tout en devient trop prévisible?

-"Bon! Encore un questionnement stérile!"

J'avoue. Je m'interroge souvent sur des éléments, sinon futiles, du moins insolubles de notre existence. Lorsque j'étais enfant, je me demandais souvent ce qui faisait que j'étais "moi" et non quelqu'un d'autre. Comment pouvais-je entendre ce que je murmurais dans ma tête? D'ailleurs, jusqu'à quel point était-ce moi qui prononçait tous ces mots? Parfois, lorsque j'avais des mauvaises pensées, je tentais de les attribuer à une "autre", qui vivrait, tapie dans un coin de mon crâne. J'ignorais alors combien cette créature prendrait de l'importance dans ma vie, quelques années plus tard. Pour l'heure, je me contentais d'imaginer son immolation à chaque pensée négative. Cela me permettait, sans doute, de me cacher à moi même mon côté plus sombre. Nous ne sommes jamais très enthousiastes à l'idée de faire sa connaissance.

Souvent, aujourd'hui, mes amis et mon entourage me demandent pourquoi j'ai l'air d'avoir aussi peu confiance en moi ou, en tout cas, si peu d'estime pour mon être. Je pense que c'est le seul moyen que j'ai trouvé d'étouffer l'"autre". Elle ne se sent pas à son aise dans l'auto-dérision, alors j'en abuse. Mais ne vous inquiétez pas: je vais bien. C'est juste une histoire entre elle et moi. Un marché que nous aurions conclu pour ne pas devenir un être humain trop triste. Au fond, je m'en sors bien. ^-^

Michael Jackson est mort la semaine dernière.

-"Wouah! Quelle transition!"

Un peu abrupte, je le reconnais. Mais il y a un lien, je vous assure! Non pas entre Michael Jackson et moi mais entre le sujet de la bi-polarité humaine et le personnage: nous, hommes et femmes doués de raison, avons cette étonnante capacité de ne nous rappeler que de ce que nous voulons. Le maître du Moonwalk est parti vers d'autres horizons et tout le monde a cessé de respirer. La Terre s'est arrêtée de tourner: plus de guerre en Afghanistan, plus de massacres en Irak, plus de famines dans le monde, plus de scandales politiques, plus rien. Un homme est mort. Dans une de leurs chansons que j'aime beaucoup, Dehors Novembre, Les Colocs chantent les derniers instants de l'un des leurs, emporté par le Sida. Il déclare:

"La planète tourne. L'est pas supposée d'tourner sans moi."

Je trouve cette phrase très vraie. A l'instant où la vie quitte notre corps, on doit sans doute avoir un petit pincement au cœur en songeant que cela ne changera pas la face du monde, ou que, plus exactement, nous n'étions qu'une poussière dans l'immensité et que nous tomberons dans l'oubli dans un jour, un mois, un an. Peu importe. Michael Jackson a été révolutionnaire en son temps: il a marqué les esprits de bien des générations. Une de mes amies m'expliquait combien sa disparition l'affectait car elle avait grandi avec sa musique. Je peux le concevoir. Pourtant, je trouve ça toujours bouleversant de voir combien il peut y avoir un décalage entre la mort d'un seul être et celles de milliers d'autres. Il n'était ni meilleur ni pire qu'un autre homme. Il était célèbre, that's it. Je comprends l'émotion de voir partir une icône d'une autre époque mais le cirque médiatique qui se trame autour de sa disparition est tellement grotesque en comparaison de la manière dont il était perçu ces dernières années...

En tout cas, chacun ressent ses émotions de façon différente. L'important est de sentir quelque chose, n'est-ce pas? ^-^