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8 septembre 2009

Procuration vitale.

Vivre par procuration est un concept bien étrange. Lorsque j'étais enfant, je l'entendais dans la chanson de Jean Jacques Goldman sans vraiment en comprendre tout le sens. Vivre à travers les autres, à travers les rêves et les histoires que la télévision nous donne en pâture, n'est-ce pas plutôt "mourir vivant"? Au fond, rien de ce qui nous permet d'avancer ne nous appartient vraiment, selon cette perspective. Nous ne faisons que nous approprier des images de vie que nous observons de loin, sans vraiment comprendre à quoi elles réfèrent.

Personnellement, je lis beaucoup, depuis longtemps. Toute sorte d'ouvrages sont passés entre mes mains, de la bande dessinée au roman de science fiction, en passant par le livre dit érotique ou encore l'enquête policière. J'en ai tiré, je crois, un monde imaginaire pour le moins riche et propice à l'évasion. Lorsque plus rien ne va ici-bas, mon esprit plie bagages et s'envole construire un nouveau monde, le sien, dans cet ailleurs qui n'appartient qu'à lui seul. Plus jeune, il arrivait que mon imaginaire créât des histoires aux relents si vrais que je me sentais réellement oppressée et malheureuse, ou bien enthousiaste, sans aucune raison apparente. C'est ainsi que j'ai écrit Merveille Humaine: cet ouvrage est le produit même de mon imagination solitaire, imprégnée de mes lectures et de mes rêves d'adolescente. Il est la version fixée d'une histoire mille fois racontée dans mon esprit, dessinée, modifiée, transformée, adaptée. Ce sont ces types de récits imaginaires qui m'ont permis d'avancer sur le chemin de mon existence, sans me laisser vraiment dévorer par tout ce qui m'entourait. La méthode est classique: la fuite physique s'avère complexe à six ans. Remarquez, je l'ai tentée!

-"Oh! Tu as fait une fugue?!"

Non. Enfin, pas réellement. Je répondais aux disputes familiales par la fuite: je remplissais une valise, plus grande que moi à l'époque, de niaiseries en tout genre et je montais en haut de la rue, attendant je ne sais quel transport magique. C'était généralement ma mère qui me ramassait en rentrant du travail. Maigre fugue qui se voulait certainement une sortie théâtrale! J'ai peut-être raté ma vocation...^-^

Je m'égare, une fois de plus. Vivre par procuration a quelque chose d'extra-ordinaire, au sens de non commun, parce que cela revient presque, à mon sens, à mettre des œillères sur sa propre existence en s'en inventant une, plus agréable. En somme, c'est une fuite sans valise. Un exil de son corps sans disparition apparente. Un moyen très humain de sortir de sa condition sans autre arme que le rêve et l'imagination. Outil pratique si l'en est mais indubitablement peu sain sur le long terme. Tôt ou tard, il faut ouvrir les yeux et assumer ce qui nous entoure. Reculer pour mieux sauter? Un peu de sucre dans une vie trop amère? Un peu des deux? La vie par procuration est en tout cas une notion bien mystérieuses pour ma petite personne, qui en use pourtant si souvent. Le risque est toujours grand de prendre cette vie parsemée de rêves et de minuscules mensonges pour la réalité et de la laisser déborder sur notre quotidien: ce serait pourtant la porte ouverte à une chute douloureuse car le rêve disparaît lorsqu'il est confronté à la rationalité d'autrui.

Mais peut-être que tout est dans la mesure? Le fameux Juste-Milieu, encore une fois? Entre vivre par procuration et s'évader dans son monde secret, il y a certainement une nuance, une notion de temps et de contrôle qui maintiennent l'équilibre. Ce sont certainement ces limites qui différencient les faux-vivants du reste de leurs congénères. Nous revenons alors à la notion de choix personnel, de la construction de notre vie: seules nos actions prouvent ce que nous sommes, peu importe nos rêves et nos belles idées. Celles-ci sont nécessaires pour faire avancer l'individu mais elles doivent, pour s'accomplir pleinement, trouver une résonance dans nos actes. Alors, comme le disait cette petite fille devant l'ONU, soyons ce que nous faisons et non ce que nous disons.

31 mars 2009

Esprit de voyages.

-"Steph, pourquoi tu restes jamais au même endroit? Pourquoi tu veux toujours parcourir le monde avec ton sac à dos? Tu cherches quoi?"

La première fois que mon ami m'a posé cette question, j'ai levé un sourcil. La réponse me semblait bien trop évidente: il n'était pas besoin d'y mettre toute une emphase psychanalytique derrière pour comprendre le goût de la découverte. A bien y réfléchir, je me demande parfois si ce besoin irraisonné de changer de lieu, de ville, de vie n'est pas simplement le reflet d'une peur irrationnelle d'un futur prévisible et ordinaire, où, à l'instar de tout un chacun, mon quotidien se résumerait à travail, famille, patrie. Si j'ai le dit travail, d'ailleurs, car cette étape là est loin d'être gagnée pour l'instant.

Un voyage, au fond, peut prendre plusieurs visages: il peut autant être source de dépaysement, de découvertes, de contacts qu'un simple vol de quelques heures à la recherche du soleil. En somme, il n'est jamais que ce que nous voulons en faire. Le tourisme s'est tellement développé ces dernières années qu'il est désormais possible de passer trois semaines à Cancun sans rien connaître du Mexique. C'est un peu triste, à mon sens, mais chacun est libre de chercher ce qu'il souhaite dans les voyages.

Pour ma part, la beauté du voyage réside dans l'anonymat. Je m'explique: lorsque j'ai la chance de me rendre en terre étrangère, accompagnée ou seule, je ne suis personne. Nul ne sait qui je suis, je ne connais rien de ce qui m'entoure: je suis entièrement en mode découvertes. Tout est source d'émerveillement, de la spécialité locale à base de sauterelles à la magnificence des pyramides. Je n'ai aucune attente, aucun complexe: je m'efforce de m'imprégner de cette culture, souvent différente, mais en même temps si proche, de la mienne, et de me fondre dans le décor. Je ne cherche pas à retrouver mes habitudes à Mexico, par exemple: si j'avais voulu un hôtel avec Spa, je n'aurais eu qu'à prendre le métro jusqu'au centre ville de Montréal (Pas que le Spa soit vraiment une habitude mais bref...). De fait, les découvertes de nouvelles contrées entrainent, inéluctablement, une remise en cause de soi même et une ouverture d'esprit par rapport à ce qui nous entoure: ce sont sans doute là les plus beaux trésors des voyages car ils permettent de mieux comprendre pourquoi le monde ne tourne pas toujours rond. La compréhension est le premier pas vers la solution, n'est ce pas? ^-^

Lorsque je suis partie au Mexique, en 2003, j'ai enfin compris que nous étions bien peu de chose au regard de la nature et des cultures qui nous entourent. Je m'estime chanceuse de pouvoir voir et connaître tant des richesses qui parsèment notre bonne vieille Terre. Et je ne voudrais jamais arrêter, toujours découvrir et partager le plus longtemps possible ces instants privilégiés. Une photo n'est qu'un morceau d'écorce sèche arrachée à un arbre millénaire. Alors, mon ami, peut-être y a t'il des raisons psychologiques à mon instabilité géographique. Peut-être. Mais au fond, on s'en fout un peu. L'important, c'est ce que ces expéditions nous apportent n'est ce pas? ^-^

M'en vais tâcher de terminer ma thèse dans les temps, je pense. Mon sac à dos trépigne: je dois encore montrer et découvrir tant de lieux avec Jules! ^-^

13 février 2009

Le subconscient de Morphée.

Si mes souvenirs sont exacts, j'ai du étudier le fonctionnement du subconscient, du gardien, de la conscience et du surmoi au lycée...Probablement, devais-je y prêter une grande attention parce que je suis incapable de me rappeler des noms corrects. En tout cas, j'aimerais retrouver mes notes sur ces mécanismes car je trouve très désagréable de devoir pâtir de leurs humeurs. Je m'explique:

Je ne suis pas hyperactive, je ne suis pas une fougère non plus, je suis quelque chose entre les deux. Bref, un être parfaitement humain, entouré d'autres hominidés tout comme moi, qui sont également dotés, pour parodier L'île aux Fleurs, d'un "télencéphale hautement développé et d'un pouce préhenseur".

Or, peu importe que, la veille, je sois demeurée sagement à la maison ou bien que je sois sortie me socialiser avec mes congénères, c'est imparable: lorsque vient le temps d'écrire un article, un travail, ou de lire mes lectures de cours, je ressens un irrépressible besoin de dormir, là , tout de suite. De fait, je me décide alors à procrastiner tranquillement, en m'intéressant à tout sauf à mon travail. Étrangement, je n'ai alors plus sommeil du tout.

Je m'interroge donc sur le message que tente de m'envoyer, si subtilement, mon subconscient. Est-ce:

1/ Laisse donc faire tout ça! De toute façon, tu seras jamais capable de finir!

2/ Tu as encore le temps! T'es capable d'écrire 30 pages en 2h!

3/ Pourquoi veux-tu lire "Montaillou, un village occitan"? C'est le livre le plus plate après "Dis moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es!"

Ou bien est-ce simplement mon cerveau qui a fait ses valises sans me prévenir et qui a laissé une grosse balle de coton à la place, histoire de faire croire qu'il est là?

Mystère... Mais j'ai sommeil tout à coup!

3 février 2009

Personnalité des tests.

"L'Amour, c'est à fuir!"

Jugement sans appel d'un test de psychologie sur Internet. Ils deviennent légion en ce moment, pour tout et n'importe quoi! Avec les applications Facebook, il est désormais possible de savoir quel Barbapapa on est ou encore quel type de sous-vêtement on porte. Cette recrudescence du phénomène des tests m'amène à m'interroger sur la demande à laquelle ils répondent.

Les premiers étaient, si je ne m'abuse, le propre des magazines féminins ou à tendance plus psychologique, et ils étaient construits de telle manière que, par tes choix de réponse, l'auteur pouvait brosser un portrait assez général de ta personnalité. Aujourd'hui, et notamment par le biais de Facebook, tout un chacun peut créer son test. Il n'y a qu'à voir tous ceux qui sont remplis de fautes d'orthographe et de questions étranges. Les pires, à mon sens, sont ceux qui sont composés, en tout et pour tout, de cinq questions aux choix de réponses aussi aisé que:

Tu préférerais mourir les pieds coulés dans le béton ou sans bras, dans le fond d'une rivière?

Euh...Attends! Laisse moi y penser parce que les deux sont tentants...

Pourtant, ces questionnaires ont toujours autant, sinon plus, étant donné qu'ils touchent également un plus large public masculin désormais, de succès. Moi la première, j'aime bien répondre aux questions posées et je suis parfois surprise des résultats. Je me demande si cette tendance répond à un besoin d'introjection de notre société ou bien simplement au besoin de savoir si Homer Simpson avait d'autres points communs avec nous que de boire de la bière et de manger des Donuts... ^-^

Pour le fun, je vais reproduire le résultat du dernier test que j'ai fait, extrait de la revue Cosmopolitan, en l'honneur de la Saint Valentin.

Pour vous, l'Amour, c'est quoi?
C'est à fuir!

Si certaines filles n'hésitent pas à se jeter à corps perdu dans une histoire sentimentale, d'autres, plus réservées, sont littéralement allergiques au mot "engagement" et considère l'amour comme un piège. C'est votre cas. Tiraillée entre votre besoin d'intimité et votre sacro-sainte liberté, vous fuyez toute relation qui vous est offerte. Vous ressentez une peur de l'amour, de la dépendance affective, du rejet et de la déception, laquelle peut remonter à l'enfance, ou aux echecs sentimentaux à répétition. (...)

Vraiment stupides ces tests... ^-^

25 janvier 2009

Aporie...

-" Alors, tu finis bientôt ton mémoire?
- C'est une thèse, maman.
- Oui, oui! En décembre?
- (soupir) Oui, j'espère..."

Une conversation semblable à toutes les autres lorsque mon interlocuteur fait mine de s'intéresser à mes études. Il est assez difficile d'expliquer "où j'en suis" car il n'y a pas vraiment de repères à donner. J'aimerais pouvoir répondre:

-"Oh! J'en suis à la page 192, alinéa 2, second paragraphe, douzième mot en partant de la gauche."

Mais ce serait mentir. De toute façon, ça ne change rien. Souvent, lorsque je regarde l'ampleur de la tâche qu'il me reste, je prends peur et j'ai envie de tout abandonner, de prendre mon sac à dos et mon chien et de m'enfuir en Argentine. Cela peut paraître étrange, vu de l'extérieur, car, en définitive, je travaille sur un sujet qui me passionne et j'ai, théoriquement parlant, franchi les plus longues étapes pour arriver là où j'en suis. Oui mais voilà: tout n'est pas si simple. De la même manière que je ne peux partager mes inquiétudes relatives à mon travail avec Jules, car, selon ses propres mots, il ne "comprend rien à mes histoires", je ne peux expliquer le profond malaise qui m'étreint lorsque j'analyse le fonctionnement même d'une thèse.

Je vais la terminer. Dans les délais que je me suis fixés, je l'espère. Mais je ne peux répondre à une question aussi précise que: "où en es tu dans ta thèse?". Car je n'en suis nulle part. Je n'avance pas, ne recule pas: j'apprends et j'écris. Une thèse, une recherche, n'est, par définition, jamais complètement achevée.

"-Et après, tu vas faire quoi?"

Rien. Ou plutôt tout. Je veux écrire des livres pour enfants. Inventer la magie et élever des ours polaires aussi. Pourquoi pas?