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25 février 2010

Les risques du libre-arbitre!

Tel l'enfant prodigue, je reviens sur la toile pour un nouveau billet. Notez que je n'avais jamais quitté vraiment ce fabuleux monde virtuel où l'on peut communiquer avec tous nos proches sans quitter le confort de notre foyer mais je n'ai point poussé cette présence jusqu'à mettre à jour ce blog. Si je puis me décharger d'une parcelle de culpabilité, je dirais que Blogger a également sa part de responsabilité: les quelques essais d'écriture de billet se sont heurtés à un blocage de l'option "nouveau message". "Coup monté!" m'écriai-je, Blogger me censure!!! Il faut dire qu'avec le caractère profondément polémique de mon site, cela serait compréhensible!

-"..."

Un doute?^-^ Bref, m'apercevant de la mutinerie informatique, je pris le parti d'agir en attendant patiemment (l'attente peut être une forme d'action) que tout se règle par lui-même. Ce matin semble être le bon: Blogger m'est revenu! Notez que sa rébellion ne demeurera pas impunie: je lui ai d'ailleurs demandé de marcher sur les genoux en se flagellant avec des orties, ce à quoi il m'a été précisé que, à priori, Blogger n'avait pas de genoux, ni même de dos à offrir aux douces vertus des plantes. Facile.

Bref, cette petite mésaventure m'amène parfois à reconsidérer ma décision de créer mon propre site...en Html! Certes, Jules trouverait ça moche, comme il me l'a déjà si subtilement fait remarquer, mais au moins je pourrais dire que les innombrables maladresses informatiques qui ne manqueraient pas d'arriver sont dus à mon manque crasse de compétences en ce domaine! Il est tellement plus simple d'être responsables de nos erreurs plutôt que de chercher (ou de profiter, dans une certaine mesure, d') un coupable. Remarquez que le choix du mot "simple" est sans doute impropre: il serait sûrement plus facile, dans notre vie de tous les jours, d'imputer tous nos ratés, nos regrets et nos actes manqués à quelqu'un d'autre. Ce comportement nous évite de nous regarder en face et d'assumer nos choix jusqu'au bout. En fait, en lieu et place de "simple", je devrais utiliser "juste"ou "vrai". Mais les deux sont un peu liés. Je m'explique: chercher un coupable pour tous nos ratés demande, en dépit des apparences, beaucoup d'énergie. Inconsciemment, on se convainc de la justesse de notre raisonnement vis-à-vis de l'autre et cela nous permet de ne pas trop nous faire de reproches: on n'y est pour rien, c'est l'autre. Cela vous éveille des souvenirs? Oui c'est le comportement que nous avons tous eu dans notre enfance et qui nous agace lorsque notre propre progéniture, 6ans, tente de nous faire croire que c'est Chose, 10 mois, qui a commencé à le mordre, avec sa menaçante (mais unique) dent! On a l'impression que c'est une tendance horripilante d'enfant ne voulant pas être puni? Eh bien oui mais non! (Spéciale dédicace à mon Yankee préféré! ^-^ Le "Yes but no" est tellement 2009! ;) )Nous continuons à en user dans notre vie adulte afin de ne pas assumer certains de nos choix ou nos ratés en général. A mon sens, il est beaucoup plus simple (et je choisis mes mots, cette fois!) de regarder nos erreurs et d'en tirer des conséquences. En fait, à moins d'être un programme informatique (et même là, tout dépend des variantes installées), aucun choix n'est neutre. Il dépend de beaucoup de paramètres, donnant la part belle aux individus qui nous entourent, mais il demeure qu'au final, dans nos sociétés en tout cas, le choix reste le nôtre. Moralité: assumer reste la voie la plus simple, évite conflits inutiles et réflexions fragiles, et si elle soulève parfois de douloureuses remises en question, il n'en demeure pas moins qu'il est plus simple d'en tirer les conséquences que de chercher un coupable.

-"Tout ça pour souligner ton incompétence crasse en informatique et tes possibles futures boulettes si tu te laissais aller à créer ton propre site?"

J'avoue, j'ai un peu élargi le sujet! ^-^ Ceci dit, mon raisonnement, qui n'engage que moi comme toujours, s'applique à toutes les sphères de vie! De la création autonome d'un site Internet, afin de ne pas fustiger les plate-formes toutes faites, à la vie étudiante qui ne finit plus... ^-^ 

11 février 2010

Impuissante frustration!

L'impuissance, quel sentiment frustrant! L'impuissance d'aider des amis qui ont mal, l'impuissance de leur éviter des étapes douloureuses de la vie, l'impuissance de leur donner un peu de paix et de joie quand tout semble perdu... Il en résulte toujours cette sensation étrange de se heurter à un mur invisible et de rester là, à quelques pas à peine de cet être cher malheureux, mais trop loin encore pour lui donner notre énergie, nos bulles de lumière ou en tout cas, pour prendre un peu de ce plomb pesant sur ses épaules. Peu importe le côté rationnel de notre pensée, lorsqu'un de nos amis a mal, on se sent coupable de ne pas pouvoir faire plus que d'être là. Je me demande si, un jour, on créera une machine capable de rééquilibrer le bonheur chez les gens. Un peu comme une transfusion sanguine: tu partages ton trop plein de joie avec ceux qui en ont moins. En attendant, nous sommes là, contemplant la détresse de nos amis, si profonde parfois qu'elle nous blesse un peu aussi: les dommages collatéraux qu'on appelle ça! Mais ce ne sont que des égratignures comparées à la détresse que dégagent nos proches. 

Lorsque les douze coups de minuit du 31 décembre ont mis fin à l'année 2009, j'ai poussé un soupir de soulagement. Après une année aussi riche en émotions, la prochaine allait sûrement me paraître aussi calme qu'un ruisseau en pleine sécheresse! J'aurais dû me rappeler du proverbe sur l'eau qui dort, tout ça tout ça! En quelques mois seulement, les mauvaises nouvelles ont plu avec plus de force que durant la mousson en Inde! Il semblerait que Mère-Nature ait besoin d'équilibre: tout bonheur personnel doit être compensé par la détresse de nos proches. J'ai ainsi appris que ma seconde maman avait une rechute de cancer, parce qu'une fois, ce n'est pas assez. Tant qu'à faire, autant organiser une petite sauterie de cellules folles. Pour compléter un début d'année raté, j'ai su que mon frère s'était un peu plus enfermé dans sa tête, s'isolant de ses derniers proches auxquels il parlait encore. L'impuissance se gargarise de situations frustrantes: de la séparation amoureuse à la remise en question d'une vie entière, il n'ait rien qui n'échappe à son emprise. Une douleur triste, palpable au delà du temps et des distances, et qui résonne en nous comme autant de cris de détresse. J'ai tendance à philosopher sur l'impuissance, à estimer que la seule présence est déjà un petit pansement sur une hémorragie. Là encore, pourtant, il est parfois difficile de l'être, du fait de nos choix de vie et de notre emploi du temps. Mais peut-on vraiment se suffire d'une compresse alors que nous voyons nos proches se vider de leur sang? Que peut-on faire pour soulager une douleur aussi vive?

Personnellement, il m'arrive fréquemment d'avoir un trou à la place du cœur. Une espèce de plaie béante et laide qui insuffle une douleur rampante dans tout mon être. Les moments où j'ai le plus mal, cependant, sont, sans aucun doute, lors des situations de détresse amicale: mon impuissance à décharger leurs épaules de toutes ces épreuves de vie me plonge dans une angoisse sans nom. A quoi bon être heureux si on ne peut pas partager ce bonheur avec nos proches lorsqu'ils en ont besoin?

Il y a des jours comme aujourd'hui où on a très envie de cracher sur une nouvelle année pourrie! Elle ne fait que commencer, cependant, alors on va lui laisser une chance...

8 février 2010

Choix de vie en compromis...

Une thèse de doctorat, pour beaucoup, c'est un diplôme de qualité: après autant d'années d'étude, il paraît évident que le thésard est un être brillant et plein d'avenir. Selon moi, comme je l'avais mentionné dans mon billet Mirage de la procrastination, il n'ait rien de plus simple que de commencer un doctorat. Il suffit de ne pas être trop mauvais, de se sentir à l'aise dans la peau d'un étudiant et de se laisser porter par le courant de la vie. La principale difficulté réside en son achèvement: les années passent et, contrairement aux autres diplômes, elles nous laissent beaucoup trop de temps pour nous remettre en question. Ai-je fait le bon choix? Suis-je vraiment capable de terminer cette recherche de longue haleine? Ai-je vraiment le potentiel pour écrire, seule ou presque, un infime pan de l'histoire? Et puis que vais-je faire ensuite? Lorsque mes amis me demandent pourquoi j'ai choisi de continuer en Histoire, je n'ai souvent que peu d'arguments convaincants. J'aime cette discipline. Profondément. J'apprécie découvrir et approfondir mes connaissances dans le domaine des autochtones du Québec, puisque je les ai choisis entre tous. Mais j'aurais pu en faire un loisir... Alors pourquoi?

Peu importe mes choix de vie, je me suis toujours accrochée à deux principes pour la mener à bien: je ne voulais dépendre de personne, assumer mes décisions sans jamais en faire porter les conséquences à qui que ce soit. Il me semblait que l'inverse aurait été lâche: il est tellement aisé d'accuser les autres pour nos erreurs passés. Je ne voulais jamais en arriver là. Mon second principe de vie était de ne jamais négliger ni remettre à plus tard ce qui comptait vraiment pour moi. Ces deux résolutions profondes peuvent se résumer par l'adage bien connu: "Les remords valent mieux que les regrets". Pourtant, depuis quelques temps, je pèse sur ma famille car je n'ai pas les moyens d'assumer mes choix étudiants et je néglige mes amis, le Kung Fu, si cher à mon cœur, j'oublie ce que je suis afin de mener à bien un Doctorat en Histoire. Je suis juste trop avancée pour abandonner: j'ai envie de le terminer car le sujet me passionne vraiment, parce que je veux prouver que je peux y arriver, parce que j'ai du me battre trop longtemps pour parvenir jusqu'ici. Je veux le terminer et je vais le terminer. Mais le prix est parfois cher à payer pour y parvenir. J'ai tout de même de la chance: ici, bien des étudiants finissent leurs études et sont endettés pour les dix prochaines années de leur vie. Personnellement, aucune banque ne m'enverra de compte à payer à la fin de mon doctorat. Je ne devrais donc pas me plaindre. Pourtant, cette sensation de ne plus s'appartenir et que l'échec n'est même plus concevable car il serait aussi celui de mes proches est parfois particulièrement pesante. Hier soir, j'ai trouvé une offre d'emploi qui me convenait parfaitement: un VIE à Ottawa d'une durée d'un an, à compter de mai. Parfait pour le territoire, songeai-je, mais un peu trop tôt pour le timing. En plaisantant, j'ai tout de même demandé à Jules s'il me suivrait dans la capitale. Une douche froide m'attendait:

-"Non."

Mon sourire s'est éteint. Certes, le temps n'était pas parfait et il y aurait donc eu peu de probabilité pour que je puisse accepter l'offre d'emploi, si tant est qu'ils aient voulu de moi, mais sa réponse m'a bouleversée. Certains diront qu'il est encore trop tôt pour penser aux choix professionnels et que, peut-être, tout se décantera de lui-même en temps et lieu. Peut-être...Mais avouons que les possibilités d'emploi, avec un doc en sciences humaines et une hantise d'enseigner, ne sont pas légion. En outre, mes principales offres d'emploi sont à l'étranger: en dépit de toute ma bonne volonté, je n'ai pas de travail dans mon domaine à Montréal. J'ai beau me dire qu'on verra bien en temps et lieu, une petite boule s'est formée hier soir dans mon estomac et elle fait un peu mal...

8 septembre 2009

Procuration vitale.

Vivre par procuration est un concept bien étrange. Lorsque j'étais enfant, je l'entendais dans la chanson de Jean Jacques Goldman sans vraiment en comprendre tout le sens. Vivre à travers les autres, à travers les rêves et les histoires que la télévision nous donne en pâture, n'est-ce pas plutôt "mourir vivant"? Au fond, rien de ce qui nous permet d'avancer ne nous appartient vraiment, selon cette perspective. Nous ne faisons que nous approprier des images de vie que nous observons de loin, sans vraiment comprendre à quoi elles réfèrent.

Personnellement, je lis beaucoup, depuis longtemps. Toute sorte d'ouvrages sont passés entre mes mains, de la bande dessinée au roman de science fiction, en passant par le livre dit érotique ou encore l'enquête policière. J'en ai tiré, je crois, un monde imaginaire pour le moins riche et propice à l'évasion. Lorsque plus rien ne va ici-bas, mon esprit plie bagages et s'envole construire un nouveau monde, le sien, dans cet ailleurs qui n'appartient qu'à lui seul. Plus jeune, il arrivait que mon imaginaire créât des histoires aux relents si vrais que je me sentais réellement oppressée et malheureuse, ou bien enthousiaste, sans aucune raison apparente. C'est ainsi que j'ai écrit Merveille Humaine: cet ouvrage est le produit même de mon imagination solitaire, imprégnée de mes lectures et de mes rêves d'adolescente. Il est la version fixée d'une histoire mille fois racontée dans mon esprit, dessinée, modifiée, transformée, adaptée. Ce sont ces types de récits imaginaires qui m'ont permis d'avancer sur le chemin de mon existence, sans me laisser vraiment dévorer par tout ce qui m'entourait. La méthode est classique: la fuite physique s'avère complexe à six ans. Remarquez, je l'ai tentée!

-"Oh! Tu as fait une fugue?!"

Non. Enfin, pas réellement. Je répondais aux disputes familiales par la fuite: je remplissais une valise, plus grande que moi à l'époque, de niaiseries en tout genre et je montais en haut de la rue, attendant je ne sais quel transport magique. C'était généralement ma mère qui me ramassait en rentrant du travail. Maigre fugue qui se voulait certainement une sortie théâtrale! J'ai peut-être raté ma vocation...^-^

Je m'égare, une fois de plus. Vivre par procuration a quelque chose d'extra-ordinaire, au sens de non commun, parce que cela revient presque, à mon sens, à mettre des œillères sur sa propre existence en s'en inventant une, plus agréable. En somme, c'est une fuite sans valise. Un exil de son corps sans disparition apparente. Un moyen très humain de sortir de sa condition sans autre arme que le rêve et l'imagination. Outil pratique si l'en est mais indubitablement peu sain sur le long terme. Tôt ou tard, il faut ouvrir les yeux et assumer ce qui nous entoure. Reculer pour mieux sauter? Un peu de sucre dans une vie trop amère? Un peu des deux? La vie par procuration est en tout cas une notion bien mystérieuses pour ma petite personne, qui en use pourtant si souvent. Le risque est toujours grand de prendre cette vie parsemée de rêves et de minuscules mensonges pour la réalité et de la laisser déborder sur notre quotidien: ce serait pourtant la porte ouverte à une chute douloureuse car le rêve disparaît lorsqu'il est confronté à la rationalité d'autrui.

Mais peut-être que tout est dans la mesure? Le fameux Juste-Milieu, encore une fois? Entre vivre par procuration et s'évader dans son monde secret, il y a certainement une nuance, une notion de temps et de contrôle qui maintiennent l'équilibre. Ce sont certainement ces limites qui différencient les faux-vivants du reste de leurs congénères. Nous revenons alors à la notion de choix personnel, de la construction de notre vie: seules nos actions prouvent ce que nous sommes, peu importe nos rêves et nos belles idées. Celles-ci sont nécessaires pour faire avancer l'individu mais elles doivent, pour s'accomplir pleinement, trouver une résonance dans nos actes. Alors, comme le disait cette petite fille devant l'ONU, soyons ce que nous faisons et non ce que nous disons.

5 septembre 2009

Cycle des Rêves.

Une nuit sombre après un moment de paix. Comme il est difficile d'oublier ses regrets, ses remords. Ils demeurent tapis dans l'ombre, guettant un moment de faiblesse ou d'inattention pour ressurgir, plus forts que jamais. Depuis trois jours, un mal de tête lancinant me ronge de l'intérieur. La nuit devient à nouveau un champ de bataille, un combat à mener tous les soirs contre les cauchemars, la peur et la souffrance. Seules quelques misérables heures d'un repos chaotique troublent le travail minutieux du remords rampant. Mon frère danse aux côtés de mes échecs: ensemble, ils arpentent les profondeurs de mon crâne afin d'en piétiner les moindres espaces. Depuis trois jours, je deviens fantôme. Les nausées, dues au manque de sommeil, se disputent la première place avec les migraines, ma réflexion a pris des vacances prolongées et j'ignore tout de la concentration: elle semble partie sans laisser d'adresse. Je me demande ce qui déclenche ces crises, où ma seule existence me semble être une erreur de calcul, un raté dans la sélection naturelle.

Hier soir, j'ai passé quelques heures de paix avec mes amies. Nous avons partagé un moment simple, comme il nous en faudrait tant pour ne pas se laisser emporter par l'ouragan du quotidien, sans un regard pour la pendule. La tempête sous mon crâne s'apaise avec le soleil mais aussi dans ces moments particuliers, où je peux juste arrêter de gamberger. A force de ressasser certaines pensées dans sa tête, elles finissent toujours par devenir des montagnes infranchissables ou des horreurs sans nom. Être bien en compagnie d'amis est sans nul doute le meilleur des antidotes. Il est dommage, cependant, que tout ait une fin et que la nuit finisse par reprendre ses droits.

"Faire la paix avec ses regrets, ça prend du temps."

Chantait Dédé, dans Dehors Novembre. Effectivement. Je me demande même jusqu'à quel point nous pouvons accepter de vivre avec des erreurs de jugement aux conséquences parfois si lourdes. Lorsque je rêve à mon frère, qu'il soit guéri ou encore malade, je ne peux m'empêcher d'avoir cette pointe venimeuse qui me perce le cœur et fait couler mon sang. Alors que je n'aurais certainement jamais pu empêcher sa folie, je me sens impuissante et presque coupable de son mal. Peut-être parce qu'il était proche de moi, peut-être parce qu'il est toujours plus simple d'entendre les appels au secours d'un noyé lorsqu'il est déjà sous l'eau, peut-être aussi parce que nous ne pouvons jamais accepter de voir un être cher souffrir sans réagir...Je ne comprends pas l'être humain, je n'entends rien à la douleur, j'ignore tout de la fatalité. Certaines épreuves nous rendent plus forts mais le prix en est cher. Trop cher.

12 mars 2009

Frivole chance.

Il paraît que la chance, c'est une question de roue qui tourne. Un jour avec, un mois sans: elle est la femme illégitime du hasard. Peut-être... Je me demande si elle obéit à des critères particuliers ou si elle marche dans les pas de son imprévisible époux. Elle semble parfois si arbitraire et injuste. Mais là encore: qui définit ce qui est juste ou pas? Ce qui est mal ou bien? Lorsqu'on ne croit pas en Dieu, vers qui pouvons-nous nous tourner pour comprendre ce qui nous fait trop mal?

J'estime avoir eu beaucoup de chance dans ma vie: je suis née et j'ai grandi dans un pays prospère et paisible, j'ai connu l'amour d'une famille, aussi originale soit-elle, l'insouciance d'être une enfant, la saveur des vacances, les longueurs de l'école, bref j'ai été choyée. Bien-sûr, nous avons tous nos bibittes qui n'attendent qu'un moment d'inattention de notre part pour surgir dans notre vie, dévastant nos fragiles constructions aussi aisément qu'un cyclone balaie des châteaux de cartes. Évidemment, tout n'est pas toujours rose et il faut parfois faire montre de courage et de ténacité pour continuer d'avancer sur des chemins parsemés de ronces. Pourtant, j'ai eu de la chance.

Toute ma vie, des personnes se sont efforcées de m'apporter l'attention et le bonheur dont j'avais besoin. Parmi elles, il y en a une qui se présente encore aujourd'hui comme ma seconde maman. Elle s'est occupée de moi durant de longues années, m'empêchant de baisser les bras à l'école, de me laisser dévorer par la maladie et par le regard des autres. Cette dame et son mari m'ont prise sous leur aile et ont contribué à faire de moi ce que je suis aujourd'hui. C'est amusant parce qu'elle semble parfois sortie d'un autre temps: dévouée corps et âme à sa famille, à son mari, elle est l'épouse parfaite des années 1960. Toute sa vie, elle l'a passée au service des autres.

Pourtant, la chance est partie. Elle lui a tourné le dos quelques instants, juste assez pour que des cellules perdent la tête et décident de mettre tout à l'envers dans son corps. Ce doit être le mal du siècle. Encore une fois, je ne peux que sourire misérablement devant l'ironie d'une vie sans but, sans sentiment, qui frappe au hasard. Tiens...l'époux de la chance est également impliqué, ça a l'air. Alors, peut-être, sait-on jamais, sa femme va revenir et, d'un revers de main, balaiera cette maladie qui ronge, qui détruit tout par en dedans. Peut-être.

Il paraît que dans ce genre de cas, le plus difficile, c'est de se sentir impuissant. Comme toujours. Comme partout, pour toutes les maladies. Je voudrais pouvoir prendre un peu de ce mal: pas tout bien-sûr, mais juste assez pour que la chance n'ait presque rien à faire. J'aimerais, une fois de plus, ne pas être si loin lorsque les êtres qui me sont chers souffrent. Il semblerait que le hasard en ait décidé autrement.

Je pense fort à toi, au delà de l'océan. ça va bien aller: elle va revenir, cette volage Chance. Elle ne peut pas t'abandonner ainsi, n'est-ce pas? Elle va revenir, avec son époux, et ils vont te tirer de là. Alors, il ne faut pas baisser les bras. Il faut y croire et se battre, comme tu me l'as enseigné.

Force et Honneur, seconde maman.