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12 mars 2009

Frivole chance.

Il paraît que la chance, c'est une question de roue qui tourne. Un jour avec, un mois sans: elle est la femme illégitime du hasard. Peut-être... Je me demande si elle obéit à des critères particuliers ou si elle marche dans les pas de son imprévisible époux. Elle semble parfois si arbitraire et injuste. Mais là encore: qui définit ce qui est juste ou pas? Ce qui est mal ou bien? Lorsqu'on ne croit pas en Dieu, vers qui pouvons-nous nous tourner pour comprendre ce qui nous fait trop mal?

J'estime avoir eu beaucoup de chance dans ma vie: je suis née et j'ai grandi dans un pays prospère et paisible, j'ai connu l'amour d'une famille, aussi originale soit-elle, l'insouciance d'être une enfant, la saveur des vacances, les longueurs de l'école, bref j'ai été choyée. Bien-sûr, nous avons tous nos bibittes qui n'attendent qu'un moment d'inattention de notre part pour surgir dans notre vie, dévastant nos fragiles constructions aussi aisément qu'un cyclone balaie des châteaux de cartes. Évidemment, tout n'est pas toujours rose et il faut parfois faire montre de courage et de ténacité pour continuer d'avancer sur des chemins parsemés de ronces. Pourtant, j'ai eu de la chance.

Toute ma vie, des personnes se sont efforcées de m'apporter l'attention et le bonheur dont j'avais besoin. Parmi elles, il y en a une qui se présente encore aujourd'hui comme ma seconde maman. Elle s'est occupée de moi durant de longues années, m'empêchant de baisser les bras à l'école, de me laisser dévorer par la maladie et par le regard des autres. Cette dame et son mari m'ont prise sous leur aile et ont contribué à faire de moi ce que je suis aujourd'hui. C'est amusant parce qu'elle semble parfois sortie d'un autre temps: dévouée corps et âme à sa famille, à son mari, elle est l'épouse parfaite des années 1960. Toute sa vie, elle l'a passée au service des autres.

Pourtant, la chance est partie. Elle lui a tourné le dos quelques instants, juste assez pour que des cellules perdent la tête et décident de mettre tout à l'envers dans son corps. Ce doit être le mal du siècle. Encore une fois, je ne peux que sourire misérablement devant l'ironie d'une vie sans but, sans sentiment, qui frappe au hasard. Tiens...l'époux de la chance est également impliqué, ça a l'air. Alors, peut-être, sait-on jamais, sa femme va revenir et, d'un revers de main, balaiera cette maladie qui ronge, qui détruit tout par en dedans. Peut-être.

Il paraît que dans ce genre de cas, le plus difficile, c'est de se sentir impuissant. Comme toujours. Comme partout, pour toutes les maladies. Je voudrais pouvoir prendre un peu de ce mal: pas tout bien-sûr, mais juste assez pour que la chance n'ait presque rien à faire. J'aimerais, une fois de plus, ne pas être si loin lorsque les êtres qui me sont chers souffrent. Il semblerait que le hasard en ait décidé autrement.

Je pense fort à toi, au delà de l'océan. ça va bien aller: elle va revenir, cette volage Chance. Elle ne peut pas t'abandonner ainsi, n'est-ce pas? Elle va revenir, avec son époux, et ils vont te tirer de là. Alors, il ne faut pas baisser les bras. Il faut y croire et se battre, comme tu me l'as enseigné.

Force et Honneur, seconde maman.

20 février 2009

Ironie d'une vie.

Mon père est certainement une icône de mon enfance. La majeure partie de mes études ou de mes réussites diverses ont eu sa reconnaissance pour principale motivation. Il a tenté, durant de longues années, d'inculquer à ses enfants la débrouillardise, l'autonomie, de les prémunir contre la désillusion et la déception en leur montrant le revers de la médaille. L'un des principaux traits de caractère qu'il a forgé en nous est certainement la persévérance et la ténacité: ne jamais abandonner, ne jamais montrer de faiblesse et toujours se relever après une chute.

Le principal reproche que mon père me fait encore aujourd'hui est de vouloir sauver le monde. Au sens figuré, bien sûr: je ne projette pas d'en prendre le contrôle pour éradiquer la race humaine...

Quoique... Si Dart Vador veut passer un marché avec moi...

Mais je m'égare, une fois de plus. Aujourd'hui, j'aimerais être capable de "sauver le monde" pour vrai.

Il est toujours délicat d'accompagner un malade au travers des épreuves qu'il traverse. Parce que, en tant que personne saine, nous avons parfois du mal à imaginer et à ressentir sa souffrance. Pourtant, on ne peut pas s'éloigner et le laisser seul, face à lui même. Car le moins que nous puissions faire, c'est d'être là et de l'écouter, même si le poids de ses souffrances est parfois trop lourd pour nos épaules. Lorsque je pense à mon frère, j'ai des remords de ne pas avoir été présente au moment où il en avait le plus besoin. J'ai mal à l'intérieur de moi, comme si un feu consumait en permanence mes organes internes. Mais je ne peux pas revenir en arrière: je dois regarder vers l'avant.

Aujourd'hui, c'est une amie qui a besoin d'être soutenue. En un instant, son rêve de vie et de futur a basculé dans un cauchemar sans fin et elle souffre. J'essaie, cette fois, de ne pas m'enfuir, d'écouter et d'encourager. Mais que répondre à une enfant qui vous écrit qu'elle n'a plus le goût de vivre? Comment lui expliquer que sa vie n'est pas finie, que tout n'est pas perdu, qu'elle n'est pas la première à vivre cette épreuve?

La vie est ironique. Pour ma part, je ne veux pas d'enfants, pour toute sorte de raison. Elle, c'était sa raison de vivre. Je pourrai en avoir dix. Elle, aucun.

Parfois, j'aimerais croire en un Dieu quelconque, juste histoire d'avoir quelqu'un à qui en vouloir pour les dures réalités. Je sais: c'est pas sa job...

Il paraît que la vie est bien faîte.

On dirait qu'elle fout le camp, elle aussi...