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2 février 2011

"L'Histoire est en marche".

"L'Histoire est en marche", clament depuis quelques jours tous les journalistes occidentaux. Et pour cause, ce n'est pas tous les jours que nous assistons (même si cette notion reste très vague lorsque c'est par télévision ou radio interposées) à des révolutions en chaîne. Il était déjà incroyable de voir un pays tout entier,  la Tunisie, poussé par la faim et la pensée qu'il n'avait plus rien à perdre, prendre la rue pour demander la démission de leur "président"- à la tête du pays depuis près de 30ans. La détermination d'un peuple qui aspire à se démettre de ses chaînes, uni dans l'adversité, est beaucoup plus impressionnante que n'importe quel autre mouvement politique. C'est un cri du cœur qui motive les manifestants et c'est ce désespoir face à l'injustice qui incitent ceux qui ont déjà touché le fond à remonter d'un coup de talon. 

Le mouvement était, d'ailleurs, à ce point convaincu qu'il s'est répandu telle une traînée de poudre et les journalistes ne savent plus où donner de la tête: depuis que les Tunisiens ont obtenu gain de cause, tous les regards se sont rivés sur l'Egypte et le Yémen, où la révolte gronde à son tour. Une moitié de la planète s'aperçoit alors que d'autres pays, dont on connaissait jusqu'ici l'existence grâce aux catalogues touristiques, ont fait le choix de se battre pour leur avenir et on sent un petit frisson nous parcourir l'échine. Comme si ce désir de liberté venait chatouiller notre fibre révolutionnaire trop longtemps endormie, qui nous fait préférer, le plus souvent, le bougonnement en petits groupes à l'union nationale de protestation. Face aux aspirations d'un peuple dans son entier qui n'hésite pas à braver la vindicte du pouvoir pour faire entendre sa voix, nous ne pouvons que nous incliner. L'Histoire, c'est aussi ces grands moments de conscience populaire qui se battent pour leur existence. Si l'avenir est incertain, il est déjà sûr que la Tunisie et l'Egype, tout au moins, auront écrit, de leurs propres mains, plusieurs pages de leur livre de vie. "L'Histoire est marche", en effet, et il n'appartient qu'à  ces peuples de la guider sur ces chemins brumeux d'avenir.

21 janvier 2011

La mémoire du Monde sans mémoire.

Le monde a mal. Pas seulement la Terre, le monde dans son entier, avec ses populations et ses espoirs. Lorsqu'on étudie en Histoire, c'est un peu comme lire un roman : on pleure en découvrant les horreurs de la guerre ou de la famine, on rit en s'apercevant que les Rois de France étaient presque tous des nains, on est ému de partager, l'espace de quelques lignes, les idéaux de grands hommes comme Martin Luther King ou Ghandi. Ou les fondateurs de l'Europe. Je suis sans doute étrange mais j'étais toute chamboulée lorsque, encore au lycée, j'ai découvert cette poignée d'hommes, au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, bien décidés à s'unir envers et contre tout pour que cette "der des der" là le soit pour de vrai. C'était un peu la fin heureuse d'une histoire chaotique. Ces quelques êtres humains qui, après avoir contemplé l'Horreur dont était capable leur propre espèce, se sont jurés de tout mettre en oeuvre pour que jamais pareil massacre ne se reproduise. Jamais.Jamais.

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Jusqu'à aujourd'hui, peut-être. Une fois encore, notre espèce brille par ses trous de mémoire et sa bêtise. Aujourd'hui, comme dans les années 1930, l'extrême droite connaît de beaux jours, tant en Europe qu'ailleurs. La xénophobie se complaît dans le refrain anti-islamiste et trouve partout de quoi faire gras. Ceux qui s'y adonnent prétextent que ce n'est pas vraiment du racisme ou de l'anti-étranger, comme autrefois, mais bien une réaction à la violence permanente liée à l'immigration. À ces gens-là, il serait facile de leur répondre que ce n'est pas l'immigration, le problème, puisque nous en sommes tous issus, (que ce soit nos parents ou nos arrières-grands-parents, il n'existe plus de Gaulois et l'Amérique est, sans conteste, la terre d'immigration par excellence) mais bien l'intégration. La violence n'est jamais qu'une réaction à la misère: il n'y a qu'à prendre certains pays d'Amérique du Sud. Les quartiers mal famés ne sont pas des coins d'étrangers mais bien des endroits où on empile les pauvres en attendant le miracle qui les sortira peut-être de leur état de pauvreté. En France et n'importe où ailleurs, c'est pareil. Le problème, c'est que ce sont souvent les immigrants qui pâtissent les premiers des situations économiques difficiles, et la misère est un cercle vicieux dont il est malaisé de se défaire. Mais bref, si l'on pouvait raisonner avec les xénophobes, ils n'existeraient plus, j'imagine.

Ce que je trouve le plus malheureux, c'est la descente aux Enfers de l'Europe, entraînée par cette poussée nationaliste. Comme si la France seule se transformerait en Paradis Terrestre, sans chômage ni misère. C'est bien connu : un contre tous, c'est gagné d'avance... Les pires de tous ces êtres à la mémoire courte, ce sont sûrement ceux qui appartiennent à ce mouvement qui s'appelle Dies Irae. Ceux-là, ils s'organisent comme des sectes pour répandre leur fiel anti-étranger, anti-Etat, anti-tout à tous les niveaux de la société. Ils ont même leurs propres écoles, où les professeurs d'Histoire racontent, sans sourciller, que l'Holocauste n'a pas vraiment existé, que Pétain était un héros et que les Nazis auraient dû rester en France. Des professeurs d'Histoire. C'est à dire les gardiens de la mémoire des peuples, ceux qui doivent empêcher que les jeunes oublient que l'Intolérance est la mère de la destruction. Ça me file des nausées. L'autre jour, à la télévision, ils passaient un reportage sur cette organisation et j'avais envie de pleurer à chaque propos suintant la haine et la violence. C'était un peu comme regarder quelqu'un marcher vers un précipice en souriant, indifférent à nos cris, persuadé qu'il sait où il va. J'entends les cris de l'Europe qui se déchire, j'assiste à la fin d'un monde par les mêmes, exactement les mêmes, chemins qu'autrefois et je reste là, avec mes espoirs déçus et mes larmes. Je me rappelle qu'un jour, quelques hommes ont voulu empêcher ça et je me demande s'ils ont mal, eux aussi, là où ils sont.Mon Yankee préféré me disait l'autre jour que c'était justement dans ces moments-là qu'il avait l'impression de servir à quelque chose: parce qu'il était un de ces détenteurs de nos mémoires. Il a raison. Mais, parfois, j'ai l'impression que nous sommes comme des vieilles personnes, trop vieilles pour qu'on écoute "ce que nos vieilles mains racontent". Alors, on reste seuls avec notre mémoire dont plus personne ne veut.

Le monde a mal. Le monde a mal et moi aussi.